Un récent sondage semble suggérer que près de la moitié de Canadiens hors Québec sont indifférents face à la séparation du Québec du Canada. Malgré le « timing » étranger d’un tel sondage (autour de la fête du Canada), le résultat ne devrait surprendre personne.

En effet, comme le garçon qui criait au loup,Québec a constamment répété qu’il allait se séparer, mais ne l’a pas fait. Considérant qu’il y a des sujets nettement plus prioritaires à traiter – la bulle immobilière canadienne, la dette qui continue d’augmenter, le manque de représentation des provinces de l’Ouest à Ottawa – il est normal qu’un hypothétique référendum gagnant soit loin dans les esprits. Sans compter qu’en l’absence d’un fort élément d’antagonisme contre le Canada – ce qui a porté le PQ au pouvoir en 1994 – il est fort peu probable que le parti de Pauline Marois puisse former un gouvernement majoritaire en promettant un référendum. S’il est élu, c’est uniquement à cause d’un écœurement (apparemment) généralisé de plusieurs électeurs face au gouvernement corrompu de Jean Charest.

La province dépendantiste

Toutefois, l’indifférence canadienne est plus profonde que les simples « menaces » de séparation. Jadis un fleuron de l’économie canadienne – avant les années 60, nous formions 27 % de l’économie canadienne et étions la province la plus fiscalement compétitive –, nous sommes maintenant au mieux en milieu de classement dans les statistiques du travail (souvent dépassé par l’IPÉ) et dans les bas-fonds de classements quant aux libertés économiques des juridictions au nord du Mexique.

En d’autres mots, le Québec est maintenant un boulet pour le reste du Canada. En plus d’être le plus grand récipiendaire du pillage fédéral des riches (ou, en novlangue, péréquation), il ne fait aucun effort pour en recevoir moins. Que ce soit pour les gaz de schiste ou l’uranium, ou pour augmenter les tarifs d’électricité, il semble que Québec refuse systématiquement ce qui pourrait le sortir du « BS » fédéral. Si la Saskatchewan et Terre-Neuve ont réussi à devenir des contributeurs nets à l’assiette de péréquation, le Québec en est capable aussi.

Toutefois, il n’a aucun incitatif à le faire. Depuis le début de la supposée Révolution tranquille (un passage vers le socialisme, vraiment), le Canada a fourni une part grandissante des revenus du Québec. En 1976, ça a atteint 26,4 %; aujourd’hui, c’est environ 20,8 %. En utilisant les critères de Jean-François Lisée, c’est une bonne nouvelle parce que nous ne sommes pas les pires – les provinces Maritimes ont plus de 30 % de leur budget respectif en transferts. Par contre, pour une province qui exploite ¼ de tous les éléments naturels, c’est une honte.

À la défense de ce dépendantisme, plusieurs me font remarquer (et plutôt agressivement) que le Québec a « payé » pour le développement de l’Ouest. Peut-être y a-t-il un fond de vérité là-dedans, mais ces personnes ont sans doute oublié que l’industrie manufacturière au Québec et en Ontario a été développée par l’Ouest au travers de la politique nationale de JA Macdonald. Aussi, pourquoi faudrait-il répéter les erreurs du passé?

Les fantaisies financières séparatistes

Ce sondage, combiné au grand support du PQ pour les boycotts étudiant, pourrait bien remonter le moral aux « purs et durs ». Ils pourraient même montrer fièrement des rapports montrant à quel point un Québec serait en meilleure position économique, notamment le rapport Legault et un rapport récent de l’Institut Fraser (IF). Un coup d’œil minutieux permet de découvrir que les assomptions des rapports sont farfelues.

Le rapport de l’IF croit que le Québec pourrait très bien se passer de la péréquation, ce que seconde Robert Laplante, chercheur de l’IREC, organisation plutôt socialiste. M. Laplante affirme que dans un Québec séparé, plusieurs doublons seront éliminés et les dépenses (notamment l’achat de F-35) ne seront pas les mêmes. Certes, le budget de la défense risque d’être plus bas. Par contre, considérant que Jacques Parizeau s’était engagé à maintenir l’emploi de tous les fonctionnaires fédéraux québécois, je ne vois pas en quoi les dépenses seraient moindres. Aussi, depuis 1997, il n’y a eu aucune coupure budgétaire majeure; les dépenses publiques occupent une part toujours grandissante de l’économie – elles ont doublé de façon nominale –, et les taxes et impôts sont toujours aussi écrasants (16,57 % du PIB, plus que n’importe quelle autre province). Un Québec séparé ne pourrait pas profiter d’un secours financier (bailout) comme il a présentement…

Le rapport Legault, lui, prédit des surplus de plusieurs milliards de dollars dès le premier budget d’un Québec séparé. Malgré la distance temporelle qui nous sépare de ce rapport, il est toujours aussi irréaliste. En plus d’avoir été « approuvé » par des donateurs au PQ (Alain Guay et Stéphane Saintonge), il dénonce constamment les coupures de paiements de transfert d’Ottawa, renforçant l’idée qu’un Québec indépendant aurait des difficultés financières. Aussi, il suppose que le lendemain de la séparation, tout irait doucement et rien ne serait perturbé. N’en déplaise à M. Legault, il n’y a rien de plus déplaisant pour le monde des affaires que l’incertitude. C’est ce qui empêche l’économie de reprendre du mieux, et c’est ce qui se produira sans doute le lendemain de la séparation. Considérant que le Québec devra assumer tous les pouvoir d’un État – et il est sûr d’affirmer qu’il les prendra absolument tous –, s’occuper de sa part de la dette ainsi que des infrastructures, il serait surprenant que les investisseurs accourent vers la Belle Province pour y investir…

En conclusion, l’indifférence du Canada quant à une éventuelle séparation du Québec n’est que le résultat d’une lassitude qui dure depuis plus de 50 ans. Jadis, la séparation aurait fait mal au Canada. Mais maintenant, c’est surtout le Québec qui a à perdre. Perdre le sauvetage financier qu’il reçoit annuellement grâce à l’Alberta. Perdre un marché commun, certes imparfait, qui lui permet d’exporter à bon prix. Perdre encore plus d’estime des marchés avec la dette qui va exploser encore plus.