Subventionner : encourager l’inexcellence

D’ailleurs, si une entreprise a besoin de fonds publics pour fonctionner, n’est-ce pas le signe qu’elle n’est pas rentable et ne répond plus aux attentes du marché? Des dizaines d’entreprises d’énergie dite verte ont fait faillite ces dernières années aux ÉU malgré des milliards de subventions (Schow, 2012). Le sauvetage financier, à coup de dizaines de milliards de dollars, des secteurs américains et canadiens de l’automobile est également le signe qu’une compagnie comme GM ne répondait plus au marché – elle perdait déjà des milliards quand Toyota faisait des profits en vendant moins d’automobiles (Reason TV, 2009). De son côté, l’UPA confirme involontairement la non-rentabilité du secteur sous la gestion de l’offre quand elle se plaint qu’on menace ce secteur fortifié et que ça entrainera des pertes d’emplois si on permet plus d’importations (Simard, 2012). Si tel est le cas, alors ce n’était qu’une preuve comme quoi les méthodes de productions n’étaient pas efficaces vis-à-vis l’étranger, ou même que les produits québécois étaient surestimés si leur consommation diminue.

L’on peut donc se questionner pourquoi la Commission suggère de subventionner l’agriculture de serre (#12) et bio (#13), de même que l’investissement agricole (#15) et la réorientation des cultures (#7). Si ces secteurs et actions étaient rentables, les agriculteurs s’y seraient déjà mis sans l’aide du gouvernement (ce que le secteur bio a fait); ils auraient eu un retour sur investissement alléchant. Il est possible que la montagne de paperasse qui les attend soit un frein (Proulx, 2013). De plus, les suggestions 12 et 13, que même que la 3 (contrebalancer les couts de notre nordicité, mal prise en compte par le marché), trahissent une grande méconnaissance du commerce international et du marché.

N’en déplaise à la Commission, ce dernier tient amplement compte de la situation géographique du Québec. En effet, nous sommes entièrement au nord du 45e parallèle, et notre climat est fortement affecté par le courant (froid) du Labrador (Wikipedia, 2013). L’agriculture est impossible au moins six mois par année, nous obligeant ainsi à importer notre nourriture la plupart de l’année. Par contre, de très bons produits agricoles typiquement adaptés à notre climat se vendent très bien ou en ont le potentiel : produits de l’érable, cidres de glace, bleuets – plus ils sont cultivés au nord, plus ils possèdent d’antioxydants (Association des producteurs de bleuets de la Côte-Nord, 2007), alors une bonne campagne de pub pourrait rivaliser avec la baie d’açaï, qui a largement vanté ses mérites depuis quelques années (Philipps, 2008) –, pour ne nommer que ceux-là. Bien sûr, il serait possible de produire plus de légumes en serre avec des subventions. Mais pourquoi se limiter aux légumes? Pourquoi ne pas inclure des bananes ou des oranges?

La question n’est pas si sotte qu’elle n’en paraît. En fait, elle ne fait que pousser jusqu’à sa conclusion logique les sophismes protectionnistes que la Commission tente d’introduire avec les recommandations 3, 12 et 13, qui veulent artificiellement favoriser et compenser la production locale. Ces demandes ne sont pas sans rappeler la pétition des marchands de chandelles, qui voulait qu’on obstrue toutes les fenêtres afin de combattre cet adversaire déloyal qu’est… le soleil (Bastiat, 1845). Dans le cas de l’agriculture, on vise à se prémunir de la concurrence étrangère et ainsi sacrifier les consommateurs pour le bénéfice des producteurs en faisant payer les produits aux premiers plus cher. On défait par la même occasion l’essence du commerce international.

Il existe justement pour palier la répartition inégale des ressources naturelles et des talents sur la planète. Il permet donc une division internationale du travail, laissant les pays et les gens se spécialiser dans ce qu’ils font de mieux et augmentant la productivité pour tous. Reprochera-t-on à un chirurgien de ne pas se spécialiser dans le nettoyage de ses vêtements (Mises, 1998)? Donc, le Québec aurait avantage à continuer d’importer la plupart de sa nourriture et d’exporter ce qu’il fait de mieux, notamment les ressources minières – nous exploitons ¼ de tous les éléments naturels (Ressources naturelles Québec). Ainsi, l’argent des contribuables ne sert pas à subventionner ce canard boiteux qu’est l’agriculture – le ratio d’endettement des agriculteurs augmente sans cesse et est plus élevé qu’en Ontario ou aux ÉU (Pronovost, 2008) – afin de la laisser aux pays au climat plus propice. Si l’agriculture doit se pratiquer ici, elle doit être autonome.

Oh, il est certain que « tous » les pays subventionnent leur agriculture; l’arrêt des subventions agricoles signifierait la faillite pour plusieurs producteurs. Néanmoins, ce serait une excellente nouvelle pour tout le monde, y compris les agriculteurs qui seraient au chômage. En effet, si les autres pays continuent de subventionner leur agriculture, leurs denrées seront donc moins chère que les nôtres. Ce dumping permet donc d’augmenter le salaire réel en diminuant l’argent consacré à la nourriture. C’est comme si le pays subventionnait les gens, n’en déplaise à l’Union paysanne (Pronovost, 2008)! Et comme « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », advenant la fin des subventions, les installations utilisées deviendront disponibles et à très bon coût (Rothbard, 1986), comme ce fut le cas avec Hostess (Brown, 2012). Mais si le rapport qualité-prix de la production québécoise est excellent, alors elle n’a rien à craindre de la concurrence extérieure; en fait, l’ouverture des marchés pourrait même lui permettre de trouver de nouveaux clients et d’innover encore plus.  

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