Propager des mauvaises pratiques

En plus de proposer une utilisation altruiste des fonds publics, la Commission avance de nombreuses propositions douteuses. À plusieurs endroits dans le rapport, on parle de la part vital de l’agriculture dans une occupation dynamique du territoire. Or, on peut fortement douter de ce dynamisme quand des syndicats affirment que, sans protection gouvernementale, une grande partie de la production disparaitrait (Pronovost, 2008). Sans compter qu’à mesure qu’on s’éloigne des terres les plus fertiles et propices de la vallée du St-Laurent, on se dirige vers des terres moins propices vers le nord et l’ouest (bouclier canadien) ou l’est (Appalaches), où cultiver la terre est nettement plus cher (Say, 1842). Considérant la relative sûreté du territoire, a-t-on vraiment besoin d’occuper ces terres? De plus, si personne ne va dans ladite région, c’est que les opportunités qui s’y trouvent sont inexistantes ou non rentables. Y attirer des gens ne peut donc se faire qu’avec des subventions, et donc aux dépends des contribuables. Des Beaucerons n’ont d’ailleurs pas manqué de dénoncer les subventions reçues par les régions éloignées; ils y voient une injustice flagrante contre eux (Parent, 2012).

Il y a également cet encouragement à apporter l’aide de l’État à l’agriculture bio (#7-2, #13). Pourtant, cette branche avait réussi à se tailler une place au soleil sans aide; pourquoi voudrait-elle maintenant porter la prothèse étatique? De plus, une partie du battage publicitaire autour de l’agriculture bio semble injustifiée car peu de faits scientifiques supporteraient ce type d’agriculture. Premièrement, la ferme bio typique a besoin de 30 à 50 % plus de surface de culture parce que ses rendements sont inférieurs (Trewavas, 2001). En fait, ils sont tellement inférieurs que Norman Burlog, surnommé le père de la révolution verte, estimait qu’une conversion mondiale complète au bio ne pourrait nourrir que quatre milliards d’humains (Jetsetlemming, 2007). Avec une population mondiale qui pourrait atteindre neuf milliards d’ici peu, combien d’hectares de forêt est-on prêt à sacrifier pour adopter ce mode de culture afin de produire plus de nourriture que les 10 000 années précédentes réunies ensemble (Desrochers et Shimizu, 2012)? Deuxièmement, les fermes bio les plus compétitives sarclent leurs champs régulièrement avec leur machinerie pour éviter les herbicides, ce qui endommage la faune et augmente les émissions d’oxydes d’azote des tracteurs. L’utilisation de certains herbicides permet d’éviter ces dommages (Trewavas, 2001). Troisièmement, dans plusieurs pays du monde, notamment ceux de l’Afrique subsaharienne, l’agriculture bio est la seule à laquelle les gens ont accès. Matin et soir, 60 % de la population s’éreintent dans une agriculture de subsistance loin de toute route carrossable, les obligeant donc à tout consommer localement. Près d’un tiers des gens souffrent ainsi de malnutrition, un peu comme nos ancêtres d’avant la Révolution industrielle (Desrochers et Shimizu, 2012). Malgré tout, si l’Environmental Working Group dit vrai, alors il semble préférable de consommer certains fruits et légumes bio (la « douzaine maudite ») à cause de tous les produits nocifs qu’on y trouverait (Mother Nature Network, 2012). Mais encore là, il semble que ces produits puissent être préférables à ce qu’on retrouve dans la nourriture bio (Desrochers et Shimizu, 2012).

Le gouvernement devrait donc laisser les gens décider s’ils veulent manger bio ou non. Forcer un quelconque mode de production est à l’encontre de l’esprit de nos constitutions, qui tentent généralement de circonscrire le champ d’action du gouvernement.