Les mauvaises solutions

L’existence de l’aide financière agricole

Malheureusement, cette mesure n’est qu’un pansement minuscule sur une plaie vive. En effet, la Commission a complètement oublié un point crucial sur l’agriculture québécoise : elle s’est développé autour de l’aide et des protections offertes. Les élus s’en sont aperçu en commission parlementaire. « Ça encourage des productions en fonction de l’assurance et non pas en fonction du goût de développer des productions », a dit le ministre de l’Agriculture de l’époque, Laurent Lessard. C’est particulièrement évident pour les productions protégées par la gestion de l’offre – avec des tarifs sur les importations de 200 à 300 % –; le ministre affirmait que 40 % de l’agriculture s’est formé autour de ces secteurs (lait, volaille et œufs, principalement).

Toutefois, la Commission a remarqué que l’aide financière masquait complètement la demande du marché, c’est-à-dire les actions de tous les acheteurs et leurs jugements de valeur sans cesse changeants. Pour preuve, entre 1986 et 2006, la production de maïs en Ontario a diminué de 9 % parce qu’elle n’était pas rentable et qu’il n’existait pas de programme de stabilisation semblable, tandis qu’avec des conditions presque pareilles mais une aide gouvernementale généreuse, la production québécoise a augmenté de 85 %.

La Commission a également remarqué le peu d’incitatif à l’innovation que provoque l’ARSA. Puisque les producteurs sont compensés pour certaines pertes, ils n’ont pas le même encouragement à s’améliorer que s’ils dépendaient uniquement du marché. Mais même si l’ARSA devait imposer un seuil minimal d’innovation pour que les agriculteurs accèdent aux fonds, ce dernier deviendrait vite un seuil maximal. Une fois ce seuil atteint, le producteur reçoit ses fonds, alors pourquoi dépenserait-il plus pour s’améliorer? Cela est particulièrement évident avec les produits laitiers, protégés par la gestion de l’offre. Comme les producteurs seront toujours assurés d’obtenir un certain prix pour leur produit, ils ont très peu d’incitatifs pour améliorer leur production puisqu’ils ne pourront pas vendre sous le prix plancher (et ainsi devancer des concurrents) ni faire face à de la concurrence extérieure. Cette dernière a d’ailleurs le dessus nous sa concurrente canadienne, qui doit payer deux à trois fois le prix de ses intrants laitiers à cause du protectionnisme. Comme pour les secteurs recevant l’ASRA, les projets proposés d’amélioration de la production des secteurs sous gestion de l’offre s’arrêteront probablement aux seuils fixés par le gouvernement.

Malgré ces faits, la Commission tient à garder l’ARSA et vise même à l’étendre à tous les producteurs de l’agriculture alimentaire et même qu’à l’horticulture ornementale. Pourtant, ces secteurs ont pu s’épanouir sans protection gouvernementale; le ministre Lessard a aussi donné l’exemple de la culture de la canneberge et de la glucosamine Adrien Gagnon en commission parlementaire pour montrer que des innovateurs existent encore. Pourquoi voudrait-on étouffer l’innovation de ces secteurs en leur accordant une aide financière?Comme une compagnie privée doit faire face à la concurrence, elle se doit d’être à la fine pointe afin de bien se distinguer. Les gouvernements, eux, sont généralement en situation de monopole, et n’ont donc pas les mêmes incitatifs à l’innovation. Ça vaut aussi pour ceux qui dépendent de l’aide du gouvernement.

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