Resserrement des exigences pour les prêts

En plus de mesures pour assainir l’administration de la FA, la Commission propose également des mesures pour resserrer l’obtention d’un prêt de la FA, soit exiger d’avoir au moins un diplôme d’études collégiales et de conditionner toute aide financière au respect de règles d’écoconditionnalité bien précises comme la prise en compte du sol et le respect de la réglementation environnementale en vigueur. He who pays the piper calls the tune, disent les anglophones. Alors il est normal que le gouvernement et ses sociétés d’État exigent des gens à qui ils prêtent de l’argent de respecter certaines conditions.

Dans le cas de l’écoconditionnalité, on pourrait ainsi remédier aux nombreux problèmes de pollution agricole. Dans le domaine du porc notamment, le lisier s’infiltre insidieusement dans la nappe phréatique et pollue l’eau; on estime que 450 000 tonnes étaient déversées discrètement dans la rivière Chaudière il n’y a pas si longtemps. Plus généralement, plusieurs engrais chimiques peuvent contenir des déchets animaux, du pétrole, une trop grande dose d’azote et de phosphore, bref peuvent endommager l’environnement. Fixer des objectifs minimaux afin d’obtenir de l’aide financière incitera les agriculteurs à rivaliser d’imagination pour atteindre ces seuils.

Toutefois, cette mesure serait sans intérêt si la Commission avait plutôt suggéré l’application du théorème de Coase. Ainsi, si l’agriculteur est propriétaire du cours d’eau, les gens en amont le paieraient afin qu’il réduise sa pollution; inversement, si le cours d’eau appartient à une ou plusieurs autres personnes, l’agriculteur devrait les dédommager s’il le pollue, ce qui l’inciterait encore plus à réduire ses émissions polluantes. La ville de New York fonctionne à peu près ainsi pour gérer son eau potable, et c’est un assez bon succès. Par ailleurs, les droits de propriété bien définis sont un fort incitatif à l’innovation, mais aussi à la préservation. C’est ainsi que l’oryx algazelle, le rhinocéros noir et possiblement des bancs de poissons ont pu être sauvé de l’extinction grâce à leur privatisation. C’est également ce qui a pu sortir l’Europe de l’Est de sa catastrophe écologique; quand la production doit rencontrer des objectifs gouvernementaux et non des objectifs de rentabilité, des dommages collatéraux sont inévitables : malformations infantiles, haute incidence de maladies pulmonaires, morts prématurées de cancer à 40 ans et bien d’autres.

Pour ce qui est du critère de l’éducation, il ne fait que suivre ce que n’importe quelle institution financière ferait : s’assurer que le débiteur pourra rembourser le prêt. « Qui s’instruit s’enrichit », disait-on dans les années 60. C’est encore vrai aujourd’hui; aller sur les bancs d’école permet d’augmenter son bagage de connaissances. Il peut ensuite être transposé dans le marché du travail pour permettre d’utiliser de meilleures méthodes de production et ainsi augmenter la richesse de l’agriculteur. D’ailleurs, les statistiques ne mentent pas : les personnes plus instruites, ne serait-ce qu’au niveau collégial comme la Commission le propose, ont un avoir net largement supérieur aux personnes avec au plus un diplôme d’études secondaires, signe que connaissance semble rimer avec compétence. La Commission pense la même chose quand elle suggère d’augmenter les prêts de la FA aux gens qui sont bien formés.