La décriminalisation de masse : l’exemple portugais

À quoi ressemblerait le pays si les drogues douces étaient décriminalisées? Pour le savoir, on n’a qu’à regarder le Portugal qui, en 2001, devient le premier pays européen à abolir toute charge criminelle pour la possession de drogue pour usage personnel. Ceci inclut la marijuana, la cocaïne, l’héroïne et les méthamphétamines. Tout cela suivait les recommandations d’une commission nationale qui était en charge d’adresser le problème des drogues au Portugal (Szalavitz, 2009). Lisbonne a donc décidé de décriminaliser l’utilisation des drogues et de traiter les personnes dépendante plutôt que de les incarcérer. La logique derrière cette politique : les coûts reliés à l’incarcération sont plus élevés que ceux liés à un traitement. Par exemple, une personne qui est trouvée coupable de possession d’une petite quantité de drogue est envoyée devant un panel de psychologues, de travailleurs sociaux et des conseillers juridiques pour établir le traitement approprié.

Selon Joao Goulao, président de l’Institut des drogues et des dépendances, le nombre de personnes dépendantes considérées problématiques a chuté de moitié. Cette baisse n’est pas seulement attribuable à la décriminalisation, mais aussi à la confluence des traitements et de politiques de réduction du risque. Plusieurs nouvelles méthodes de traitement n’auraient pas été découvertes si les personnes dépendantes avait continué à être arrêtées et incarcérées plutôt que de rencontrer des experts médicaux et psychologiques. En 2011 au Portugal, 40 000 personne étaient traitées pour des dépendances aux drogues. Cette façon plus humaine de faire face aux problèmes permet de ne pas incarcérer 100 000 « criminels ».

Est-ce que la politique fonctionne? Selon un rapport de l’Institut Cato, cinq ans après la décriminalisation de la possession personnelle, la consommation de drogues illégales par les adolescents et les infections au VIH, causées par le partage des seringues souillées pour les drogues intraveineuses, ont tous deux chuté. À l’opposé, les personnes qui demandent un traitement contre la dépendance aux drogues a plus que doublé. Selon l’avocat et auteur Glenn Greenwald, la politique de décriminalisation portugaise a aidé à diriger et à contrôler le problème des drogues mieux que dans tous les pays occidentaux. Après la décriminalisation, le Portugal a eu le plus bas taux d’usagers de plus de quinze ans de marijuana à 10 %. L’institut Cato a rapporté une baisse de 14,1 % à 10,6 % dans le taux d’utilisation de drogues illégales de la 7e à la 9e année. Les traitements contre la dépendance aux drogues ont grimpé de 6040 à 14 877, et l’argent épargné par la baisse des incarcérations a été investi dans des traitements anti-drogue. De plus, les forces de l’ordre peuvent maintenant se concentrer à coincer les trafiquants de plus grand envergure.

Prévention plutôt que criminalisation

Plusieurs personnes veulent indirectement imiter le Portugal. Le Comité spécial a déposé, en 2003, un document qui recommandait au gouvernement de légaliser le cannabis, de le taxer et d’établir des réglementations. Le sénateur Pierre Nolin, qui en faisait partie, décrit la prohibition comme un échec qui est économiquement onéreux et engendre des coûts sociaux indésirables. Le sénat a donc proposé d’abolir l’ancien système de criminalisation du cannabis et d’instaurer une légalisation responsable de la plante. Sa conclusion : si le cannabis est taxé et réglementé, les ressources policières vont être acheminées vers d’autres secteurs. De plus, la vente pourrait amener des fonds au gouvernement et aux citoyens canadiens. Les fonds qui sont dépensés pour garder le cannabis illégal seraient mieux dépensés en prévention et en traitement, en information meilleure prodiguée aux jeunes et finalement de la recherche accrue pour comprendre les effets de la drogue. La France, bien qu’elle criminalise la possession de drogues, prend également la voie du traitement, selon ce que l’autorité sanitaire décide après le jugement d’une personne.

L’économie de ressources serait substantielle. Chaque année, 21 000 personnes sont accusées de possession de marijuana. Un temps précieux est utilisé par les policiers durant l’arrestation, le traitement de l’accusation et le procès. Il est estimé que 30 % des cas du système judiciaire sont des dossiers de cannabis. Une baisse des arrestations pour une simple possession de marijuana pour consommation personnelle désengorgerait les systèmes judiciaire et pénal. La mise en application de la loi qui prohibe la marijuana coute 300 M $ par année. Ces coûts sont couvert par les contribuables, qui sont majoritairement pour la décriminalisation et la légalisation du cannabis. Une meilleur façon de dépenser cet argent pourrait être le financement d’efforts pour minimiser le tort causé par la marijuana dans la société en investissant dans la prévention et le traitement. La prévention inclut des programmes qui tentent de démontrer aux utilisateurs à risque les dangers potentiel de l’abus de la marijuana. Les traitements sont utilisés dans les cas très rares où une personne développe une dépendance.

Conclusion

En conclusion, à la lumière des arguments politiques, économiques et sur la santé présentés, la décriminalisation, ou mieux la légalisation, est la meilleure position à adopter. La prohibition n’a pas eu les effets escomptés puisque les drogues douces sont toujours disponibles et à un faible prix. De plus, la prohibition viole plusieurs éléments de nos constitutions. L’argent dépensé à la guerre à la drogue et dans l’incarcération des personnes pour simple possession aurait un meilleur usage en santé et en prévention. L’usage du tabac et de l’alcool est légal; pourtant, ils ont des effets plus nuisibles sur la santé et la sécurité des gens que l’usage des drogues douces. Même que dans certaine situation, les drogues douces sont reconnues pour avoir des effets thérapeutiques. La réglementation qui assisterait la légalisation serait avant tout axée sur la prévention et les traitements.

On pourrait copier le Portugal, qui a aboli toute sanction criminelle pour possession simple. Nous pourrions étudier, éventuellement, l’idée de décriminaliser les drogues dures. Comme les drogues douces, l’alcool et le tabac, une taxation pourrait être appliquée, et la production serait contrôlée et réglementée par le gouvernement. 

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