Les économistes s’opposent

Par ailleurs, plusieurs économistes s’opposent à la prohibition des drogues et à des sanctions trop sévères. Ils basent leur argumentation sur le fait que le choix personnel prime sur tout en matière de consommation, mais aussi au droit à l’erreur afin d’apprendre. Frédéric Bastiat affirme même que si la loi intervient pour punir une personne qui commet une erreur aussi mineure de jugement – il ne parlait pas explicitement de drogues mais plutôt de vice –, alors elle n’apprendra jamais de ses erreurs et « frapp[e] d’inertie l’intelligence même, [éteint] ce flambeau qui est l’apanage de l’humanité et le gage de ses progrès ». Ludwig Von Mises croit lui aussi, de son côté, que la liberté de choix doit primer sur la répression dans une société libre. Si une personne pensent que la cigarette ou l’alcool est nocif, il n’en consommera pas, et le seul moyen que son voisin l’imite est au travers de la persuasion. « Je peux certainement, du point de vue de mes valeurs, considérer [quelqu’un qui boit de l’alcool en connaissant ses dangers] imprudent, mais c’est sa conscience et ses valeurs qui auront le dernier mot », ajoute-t-il (traduction libre).

Plus près de nous, en 1991, Milton Friedman demandait la légalisation immédiate de toutes les drogues. L’effet d’une telle mesure : moins de prisonniers, moins de meurtres, une chance pour les voisinages plus pauvres de se bâtir une vie et une meilleure qualité du produit. Comme plusieurs, il savait que la prohibition des drogues ne les éliminaient pas – il a vécu la Prohibition, et selon son souvenir l’alcool était encore très disponible. Il va même jusqu’à dire que le crack doit son existence à l’interdiction de la cocaïne parce que le prix de cette dernière était trop élevé. Il avance également que le gouvernement protège indirectement les cartels de drogue, les seuls qui ont assez d’argent à dépenser pour amener leur cargaison à bon port à l’abri des regards. Finalement, il trouve immoral qu’on impose des peines sévères à des gens qui ont simplement fait de mauvais choix qui ne font mal qu’à eux-mêmes. À ce compte, le gouvernement devrait aussi interdire la surconsommation de nourriture ou le ski à cause des dangers que ces activités pourraient causer (Duronio, 2012).

D’une façon plus générale, l’économie peut expliquer les nombreuses failles de la guerre à la drogue. En effet, l’interdiction des drogues douces n’est pas efficace dans le sens où cela augmente artificiellement les prix afin de réduire la production et ne reflète donc pas réellement l’efficacité du marché. La consommation de drogue entraine des externalités négatives car on fait face à une hausse des problèmes de santé et de violence. De ce fait, la solution première serait une intervention de la part du gouvernement afin d’internaliser le problème au travers de la peine de prison. Cependant, cette solution implique une conséquence grave; le coût n’est pas seulement supporté par les producteurs et les usagers, mais aussi par la société toute entière, d’où son inefficacité. De plus, l’illégalité du trafic empêche une bonne gestion des externalités directement lié à la production de drogues. En un mot, la légalisation du marché serait favorable avec un contrôle du commerce des drogues douces.