Des raisons économiques de la légalisation

Une facture exorbitante et des conséquences inattendues

Toutefois, s’il y a un groupe de gens qui n’y trouve pas son compte, c’est bien les contribuables, dont les taxes et impôts perçus financent la guerre à la drogue. Les coûts engendrés par cette guerre sont faramineux : il faut déployer des enquêteurs pour retrouver les trafiquants (au coût de 20 à 25 milliards (G) $), avoir des policiers bien équipés pour les arrêter car ils sont armés jusqu’aux dents et vont résister à leur arrestation et, enfin, avoir suffisamment de place dans les prisons pour les accueillir. Arrestations reliées à la drogue, par ailleurs, qui s’élèvent à 1,664 M de personnes en 2010 aux ÉU. En France, les lois sur les drogues sont fortement décriées par le sociologue Jean-Michel Costes : « C’est le seul domaine dans lequel un individu est passible d’une peine d’emprisonnement pour un dommage qu’il se fait à lui-même. Peut-on en effet imaginer sur le plan éthique de prévenir et d’agir sur le suicide en mettant en prison ceux qui en commettent des tentatives? » En s’entêtant ainsi à se battre contre les drogues, le gouvernement risque d’engendrer une surpopulation pénitentiaire. C’est un gaspillage éhonté des ressources, qui pourraient être utilisées pour punir des crimes plus graves comme le viol et l’homicide.

Cette obsession carcérale a amené à des conséquences inattendues, dont l’augmentation de la puissance des drogues douces. En effet, comme la sentence dépend de la quantité de drogue saisie, les producteurs rajoutent des substances aux petites quantités qu’ils possèdent afin d’obtenir le même résultat auprès des consommateurs. Par une légalisation ne serait-ce que des drogues douces, le gouvernement pourrait ainsi mieux contrôler leur qualité comme pour l’alcool et le tabac, qui ne sont pas vendus à tous les coins de rue comme le craignent les opposants à la légalisation. En ce moment c’est la jungle, et les drogues sont soit très puissantes, soit coupées avec des produits très dangereux qui peuvent entraîner la mort.

Par ailleurs, les nombreux morts de la guerre à la drogue – quelque 15 000 annuellement aux États-Unis et 55 000 au Mexique depuis que Calderon a lancé sa vaste offensive contre les narcotrafiquants en 2006  –, de meurtre ou de surdose, ne sont pas sans conséquence. Ces perte cause une baisse de la main-d’œuvre dans le pays car les trafiquants ont parfois des emplois ou sont parfois des étudiants, sans oublier les policiers qui meurent « au combat ».

Un échec lamentable

En plus de coûter très cher en argent et en vies humaines, la guerre à la drogue est un échec lamentable quant à son but principal qui est d’éradiquer la drogue. À l’exception du cannabis, toutes les drogues ont connu une diminution de leur prix depuis 30 ans, ce qui suppose une augmentation de l’offre – la demande se porte très bien. En effet, malgré les efforts de répression et le danger d’emprisonnement, 40 % des élèves au lycée aux ÉU avaient admis avoir consommé des drogues illicites, une hausse de 30 % par rapport à il y a 20 ans. Au Canada, 50 % des 16 à 24 ans admettent avoir consommé du cannabis.

L’offre a le vent dans les voiles. Selon la Drug Enforcement Agency (DEA, responsable de la guerre anti-drogue), le gramme de cocaïne pure est maintenant 74 % moins cher qu’en 1982 et 16 % moins cher qu’en 2001 à 117,26 $. En fait, les drogues sont d’une telle accessibilité qu’un sondage auprès de finissants du secondaire révèle qu’il leur serait très facile d’obtenir de la marijuana (85 % d’entre eux) ou même de la cocaïne (55 %).

Dans ce combat de Don Quichotte, le gouvernement perd une intéressante source de revenus (si tant il en a besoin). Selon les calculs de l’économiste Jeffrey Miron, si toutes les drogues présentement illégales étaient vendues et taxées à des niveaux comparables de ceux de l’alcool et du tabac, les différents gouvernements pourraient empocher 46,7 G $ annuellement – et probablement plus, si on inclut tous ces prisonniers qui travailleraient et toutes ces compagnies qui produiraient les drogues et paieraient des impôts –, en plus d’économiser quelque 41,3 G $ en frais de renforcement de la prohibition. Amsterdam songe à faire de même, ce qui pourrait rapporter quelque 260 M d’euros. 

Advertisements