La corruption des pouvoirs publics et un manque de rigueur scientifique

Plusieurs personnes croupissent en prison suite aux signaux envoyés par des chiens pisteurs. Malheureusement, ces derniers sont aussi faillibles que leur maître. Une étude de l’ombudsman de la Nouvelle-Galles du Sud (Australie) a trouvé que, en 2006, 74 % des 10 000 cas d’alerte par des chiens se sont avérés faux – les plus récentes données établissent le taux d’échec à 80 %. La ACLU évoque un taux d’échec encore plus éloquent (96 %) lors d’une opération anti-drogue en Floride en 1984, et ce même si un second chien devait renifler si le premier semblait avoir détecté quelque chose. Une très grande partie de ces erreurs peut être imputable aux signaux envoyés par le maître du chien, selon une étude de l’Université de Californie à Davis.

Influencer le comportement des chiens n’est pas la seule chose troublante que les policiers peuvent faire quand vient le temps de « trouver » des drogues. L’organisme Law Enforcment Against Prohibition (LEAP), qui regroupe des policiers, des juges et des procureurs actifs ou retraités, ne cesse de recenser des histoires d’horreur où la police perd toute sa crédibilité. Un exemple parmi tant d’autres : des policiers texans sans scrupule ont ouvertement tenté de s’en mettre plein les poches en accusant faussement des automobilistes de possession de drogues. Ils « offraient » aux « suspects » de leur donner de l’argent et des bijoux, au prix de risquer des procédures judiciaires qui coûteraient plus cher que le « don ». En fait, Detroit News va juste à dire que la pratique est encouragée (au Michigan); la saisie de propriété permet de financer les corps policier qui font les frais de restrictions budgétaires dans les villes. Parallèlement aux saisies, une étude de Justice Quaterly avance que des corps policiers attendent parfois très longtemps avant de mener une opération afin de saisir un maximum d’argent, ce qui est plus lucratif que la saisie de drogue. Les policiers laissent donc se transiger plus de drogue dans la rue, ce qui est contraire à l’esprit même de la guerre à la drogue. Enfin, on ne peut passer sous silence les plans machiavéliques de plusieurs policiers, qui visent à se lier d’amitié avec une personne et l’inciter à commettre un « crime » relié à la drogue.

Il n’y a pas que les policiers qui utilisent tous les moyens pour arriver à leurs fins. En effet, lorsque l’on a voulu faire interdire la marijuana, peu d’études sérieuses semblaient concorder avec les histoires sensationnalistes rapportées dans les journaux. On a alors décidé de commander des « études » dont les conclusions appuieraient l’hypothèse. C’est le cas de Harry Anslinger, un fervent supporteur de la Prohibition, qui n’était pas satisfait que les études montrent que le pot n’était pas aussi dangereux qu’il le prétendait. Il est revenu à la charge avec une « étude », extraite par le chantage, de l’Association médicale américaine (AMA). Cette étude, combinée à de copieuses attaques contre La Guardia, le maire de New York qui avait fait produire une étude contestée par Anslinger, et à des histoires profondément racistes inventées par ce dernier ont suffi pour pour que la loi de 1937 passe. Après la guerre – le chanvre (extrait du cannabis) servait à l’industrie de guerre –, on a continué la diabolisation du pot, notamment en le classant comme herbe nocive, décourageant la fabrication de chanvre. Quand la marijuana devient trop populaire – comme dans les années 70 –, on s’empresse de financer des « études », aussi crédible que celle de l’AMA, où on fait suffoquer des singes Rhésus en leur faisant inhaler la fumée de 63 joints dans un masque à oxygène afin qu’il ne perdre rien. On conclut ensuite que la marijuana endommage le cerveau. 

Protection de l’intérêt personnel

Le dénigrement intensif du cannabis, et particulièrement du chanvre, peut également se voir d’un point de vue de l’intérêt personnel. En effet, le gouvernement avait fortement aidé l’industrie du bois, durement frappé par la Dépression. Il avait donc intérêt à protéger ses dépenses (Schaffer Library). Évidemment, considérant toutes les agences reliées, de près ou de loin, à la lutte anti-drogue – et donc aux emplois qui en dépendent –, il a intérêt à maintenir la répression, notamment avec des théories farfelues telles que celle la drogue d’introduction, même si des études montrent constamment que c’est un mythe. Tant que les représentants et sénateurs ne sentiront pas que la légalisation/décriminalisation leur donnera beaucoup de votes, ils préserveront le statu quo.

L’industrie pétrochimique aussi se réjouit du ban du chanvre. DuPont, notamment, a pu tranquillement commercialiser des produits synthétiques et un procédé de traitement de la pulpe de bois que le chanvre aurait battu en bon marché. Un livre sorti en 1985 semble confirmer cette thèse. Étrange coïncidence : Andrew Mellon, ancien secrétaire au Trésor, avait des intérêts financiers dans DuPont et a poussé la nomination de son beau-neveu, Anslinger, à la présidence de l’escouade des narcotiques. L’industrie de l’alcool et du tabac aussi ont intérêt à ce que le pot demeure illégal. Une étude de l’Université de Californie à Berkeley affirme que 40 % des gens avaient, à un moment ou à un autre, substitué l’alcool ou le tabac pour la marijuana. Ces industries, mais aussi les pharmaceutiques, sont tellement opposés qu’elles finançaient, dans les années 90, à hauteur de 50 % le programme Partnership for a Drug-Free America. Les California Beer and Beverage Distributors avaient même donné 10 000 $ à la campagne contre la proposition 19 en 2010, qui visait à légaliser certains activités reliées à la marijuana. Les pharmaceutiques, par ailleurs, comme l’industrie chimique, ont intérêt à ce que la marijuana, un substitut très bon marché, demeure illégal. Plusieurs études semblent conclure que les patients préfèrent un joint à une pilule.

Enfin, le complexe carcéral aussi adore la prohibition du cannabis. Construire et opérer des prisons se fait généralement dans des milieux défavorisés, ce qui « favorise » l’emploi; des compagnies comme Merrill Lynch avancent les prêts pour la construction; des compagnies d’hélicoptère engrangent des profits grâce à l’épandage pour tuer les plantes servant à fabriquer des drogues et au déroulement de certaines saisies de drogue, pour ne nommer que ces quelques exemples.