De l’influence des tarifs est la base des écrits économiques qui l’ont rendu célèbre. Ce texte détruit complètement les arguments des producteurs voulant des mesures protectionnistes, afin de « laisser entrer l’inutile et rejeter l’utile. » Ces mesures ne profitent qu’aux producteurs touchés, leur permettant de vendre plus cher, appauvrissant ainsi la masse et la menant vers le dénuement. Aussi finissent-elles par coûter très cher : lors des révoltes au Canada en 1837, l’Angleterre décide, pour combler un fort déficit, d’augmenter ses revenus via des taxes et des droits de douanes. Malheureusement, les taxes étaient déjà très élevés, et leur revenu a en fait diminué; Bastiat découvre ainsi la courbe de Laffer avant qu’elle ne soit énoncée. Pour remédier aux déficits, et au « précipice fiscal » qui s’annonçait, Peel tente un bold experiment : créer un impôt léger sur le revenu (3-5 %) et diminuer les taxes d’accises, avec comme résultat de faire augmenter la demande parce que le prix des denrées concernées diminuait. Le déficit budgétaire disparait après seulement deux ans. Enfin, il y fait un vibrant plaidoyer pour le commerce international, qui rend les colonies inutiles et coûteuses. Après tout, elles sont prises de force et entretiennent la haine des conquis. En fait, elles ne sont qu’un simple déplacement de la richesse; ce qui est investi en Algérie ou à Marseille (pour expédier la marchandise et les colons) se fait aux dépends du reste de la France et de ses citoyens. Sans elles, un pays peut obtenir des débouchés partout sur la planète et en jouir en toute quiétude. Après tout, « Le commerce, dit Montesquieu, tend à unir les nations. Si l’une a besoin de vendre, l’autre a besoin d’acheter, et toutes les unions sont fondées sur des besoins mutuels. » Il ose même avancer que tenter de violer des droits de douanes restrictifs est un délit fictif, puisqu’ils violent l’intérêt de la majorité des personnes.

Le vulgarisateur et polémiste économique

En même temps qu’il pond ses écrits sérieux sur la Ligue anglaise, Bastiat s’occupe de ses fameux Sophismes économiques, cette série de textes courts et très punchés qui ont fait sa renommée. Dans chacun d’eux, il expose divers mythes et les poussent jusqu’à l’absurde pour montrer leur ridicule. On raconte même que dès qu’il apercevait un sophisme dans un journal le moindrement crédible, il s’empressait de le démolir, même s’il n’avait pas déjeuné.

Le plus célèbre de ces sophismes est sans aucun doute La pétition des marchands de [chandelles]. Cette pétition implore les députés d’ordonner le blocage de toutes les fenêtres et de tous les trous afin que les fabricants de produits d’éclairage puissent en finir avec ce concurrent déloyal qu’est… le soleil. Par ce geste, les (faux) pétitionnaires ne font qu’utiliser la « logique » des producteurs de divers secteurs, qui veulent se prémunir de la concurrence étrangère pour palier leur inefficacité.

Pour que les gens approuvent ce protectionnisme, plusieurs n’hésitent pas à recourir aux métaphores démagogues du genre on se fait envahir par les produits anglais ou les soieries belges nous inondent. Comment peut-on prétendre faire un parallèle entre une « vraie » invasion/inondation, où il n’y a que destruction et mort, à l’arrivée pacifique de produits d’ailleurs qui viennent s’échanger contre des produits locaux? Apparemment, les écrits de Jean-Baptiste Say (un des maîtres à penser de Bastiat), qui affirmait la même chose une trentaine d’années auparavant, n’ont pas suffit pour démonter ce mythe voulant qu’importer, c’est payer un tribu, alors que les importations sont en fait payées par la production des gens, et donc par les exportations.

Say, par ailleurs, est un des premiers économistes à s’attaquer à ce concept ridicule qu’est la balance du commerce, allant même jusqu’à dire qu’un pays est gagnant s’il importe plus qu’il n’exporte, car « toutes les espèces de relations commerciales sont mutuellement avantageuses ; car personne n’est forcé à faire des affaires, et il n’est aucun pays où l’on consente, d’une manière suivie, à en faire pour y perdre. » Bastiat affirme la même chose, et question d’exposer l’incongruité des « importationphobes », il affirme que la France n’a qu’à jeter la marchandise destinée à l’exportation à la mer une fois qu’elle est inscrite au registre des douanes. Ainsi, il n’y aura que des exportations et pas d’importation. Il pousse même sa reductio ad absurdum au plan personnel. En effet, si importer d’un pays, c’est payer un tribu, alors il en va de même pour le cultivateur des Landes qui « importe » certains produits de Provence. Ce dernier peut donc décider de tout produire lui-même… au prix de voir sa richesse diminuer parce que l’usage des terres n’est pas optimal.

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