BastiatPour certains, l’économie est la science de la richesse (de sa création, surtout) et de sa répartition. Toutefois, qui dit création et répartition de richesse dit avant tout action humaine. Après tout, « Out of the political economy of the classical school emerges the general theory of human action, praxeology. » Une grande partie de l’élaboration de la théorie praxéologiste est attribuable à un des derniers grands économistes à voir l’économie justement comme une observation du comportement humain et de ses conséquences (plutôt qu’une science exacte noyée dans les mathématiques), Frédéric Bastiat. Certes, dans ses écrits, on ne semble pas retrouver de trace de méthode scientifique, avec des hypothèse, leur expérimentation et des confirmations/infirmations de celles-ci. Néanmoins, la justesse de ses observations, souvent amenées par un humour mordant compréhensible du commun des mortels, a permis d’exposer les nombreuses incohérences de la pensée de plusieurs groupes (guildes de marchands, producteurs, politiciens, etc.). Encore aujourd’hui, on peut observer les sophismes qu’il a exposés chez des gens comme Paul Krugman, qui voient dans la destruction une bonne nouvelle pour la croissance économique, un peu comme les gens qui voyaient, dans la destruction des vitres de Jacques Bonhomme, une bonne nouvelle pour le vitrier.

Les premières années

Claude Frédéric Bastiat est né en juin 1801 à Bayonne – la date exacte semble sous dispute. Fils unique de Pierre, marchand respecté de la ville, il perd sa mère à l’âge de 7 ans. Après ce décès, Pierre déménage à Mugron, plus au nord. Ce dernier meurt deux ans plus tard, laissant Frédéric sous la tutelle de son grand-père et de sa tante Justine. Après des études au collège de Saint-Sever, il se dirige finalement vers le collège bénédictin de Sorrèze. À cette époque, on exaltait les héros de l’Antiquité grecque et romaine afin de montrer des modèles à la jeunesse française. Mais contrairement à plusieurs camarades classe, Frédéric prend ses distances face à ces héros violents. Il en est d’ailleurs très critique plus tard, attribuant la montée du socialisme à cette glorification injustifiée d’esclavagistes et de pilleurs qui changent la loi selon leur gré. Il ne finit jamais son baccalauréat – à regret, semble-t-il. Durant ces années, il a néanmoins le temps de se lier d’amitié avec Victor Calmètes, avec qui il partage ses pensées de même que les premiers balbutiements de sa pensée, notamment sur le manque de discernement entre le riche honnête et « le riche fripon. »

Il quitte donc le collège de Sorrèze pour prêter main forte à son oncle, marchand à Bayonne, afin de répondre au désir de sa famille de le voir dans le commerce. Bien que cet emploi du temps contrarie sa propension au travail intellectuel, il lui permet tout de même de voir directement l’influence néfaste de la réglementation et des tarifs douaniers sur le commerce. Après quelques années d’hésitation sur son sort, durant lesquelles son intérêt est piqué par l’œuvre de Jean-Baptiste Say et d’Adam Smith, il répond à l’appel de son grand-père et retourne à Mugron à 22 ans. La mort de ce dernier en 1825 lui fait hériter de la terre de 250 hectares, divisée en une douzaine de métairies. Ce régime d’agriculture, conservateur et routinier, l’a empêché d’apporter des améliorations substantielles à la production. Malgré ses malheurs agricoles, il se lie d’amitié avec Félix Coudroy, propriétaire d’un domaine voisin, qui sera converti aux idées libérales de Bastiat malgré sa ferveur socialiste aux débuts de leur amitié.

Advertisements