(Mémoire présenté dans le cadre du Sommet de l’éducation, qui aura lieu à la fin février. Je doute qu’il sera considéré…)

 

Madame, Monsieur,

 

Je désire prendre parole sur la tribune qui m’est offerte afin d’exprimer mes opinion sur le système d’éducation, que j’ai longuement fréquenté. Ma voix sera certes discordante par rapport à celles des autres, mais en y prêtant attention, j’espère que vous vous rendrez compte du bon sens qu’elle apporte.

 

Pour commencer, je conteste fortement l’affirmation du site Internet du sommet affirmant que le Québec a vécu une « crise sociale », que certains appellent également « printemps érable ». Ce qui c’est passé au printemps 2012 était certes une crise, mais elle n’a rien à voir avec une crise de société, si tant une telle chose est possible, ni avec le mouvement d’apparente libération qui se déroulait en même temps dans plusieurs pays arabes. Ce qui c’est passé, c’est plutôt l’aboutissement d’une culture du tout-m’est-dû.

En effet, depuis plus de 50 ans, les politiciens québécois ont entretenu cette culture en créant toujours plus de programmes couteux et inefficaces, dont plusieurs dans l’éducation. Avec le temps, ces programmes sont vite devenus des vaches sacrées auxquelles on ne peut plus toucher. Résultat : la moindre tentative de réforme s’oppose à une farouche opposition des gens qui en profitent. Et plus longtemps on garde le statu quo, pire sera la réaction.

Aussi, ce mouvement n’a absolument rien en commun avec le printemps arabe. Dans ces pays-là, du moins au début des protestations, on se battait contre l’oppression du gouvernement et demandait plus de liberté. Le « printemps érable » était exactement le contraire : on demandait plus d’oppression et moins de liberté en exigeant – la CLASSÉ n’a jamais voulu négocier – la « gratuité » scolaire ou, à tout le moins, le gel des frais de scolarité ainsi que le maintient de l’offre bonifiée des prêts et bourses.

 

Cette situation est intenable à long terme. Déjà aux États-Unis, le système de prêts et bourses est en train de devenir la prochaine bulle, qui pourrait éclater à tout moment et déprimer encore plus l’économie. Cette bulle, comme toutes les autres, est la responsabilité du gouvernement, qui modifie le comportement des gens avec ses politiques. En effet, en prêtant de l’argent aux gens sans intérêt pendant une certaine période, on incite les gens à aller à l’université. Résultat : plusieurs qui, normalement, n’y seraient pas allés y vont, ce qui alourdit le système. Les prêts, mais aussi les bas frais de scolarité, de même que le matériel scolaire qui s’en suit (des cahiers aux crayons, en passant par tous ces manuels et livres obligatoires) augmentent artificiellement la demande pour chaque item, et donc les prix. Comme pour la bulle immobilière qui a éclaté en 2008, la bulle scolaire ne peut durer éternellement ainsi.

 

Dans cette bulle, par ailleurs, on retrouve de nombreuses personnes étudiant dans le but d’obtenir un meilleur emploi. Certes, un doctorat rapporte plus qu’une maitrise ou un baccalauréat… si l’on trouve le bon emploi. Avec une éducation à si bas prix, plusieurs sont tentés d’étudier dans des domaines aux débouchés plutôt limités comme la sociologie, le théâtre et la philosophie. Ne me méprenez pas; je n’ai aucune objection à ce que quelqu’un étudie dans ce domaine. Cependant, il doit être conscient que ses opportunités d’emploi dans son domaine seront très limitées – si jamais elles existent. Et comme plusieurs seront dans sa situation, la loi de l’offre jouera grandement contre eux quand ils négocieront leur salaire. Il doit donc y penser à deux fois avant de s’endetter pour ses études.

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