De l’importance d’un système monétaire solide

Une autre base de la théorie autrichienne, farouchement défendue par Murray Rothbard, repose sur l’importance d’un système monétaire pleinement basé sur un véritable étalon de valeur (par opposition à une monnaie fiduciaire et/ou fractionnaire). En effet, dans un tel système – celui qui a plus ou moins régné entre 1815 et 1914 –, toute pièce de monnaie et tout billet de banque avait son équivalent en or (ou, plus rarement, en argent) dans les voutes d’une banque. Un pays qui tente de tricher le système (en imprimant plus de billets qu’il n’a d’or ou qui facilite trop le crédit) voit ses prix augmenter et son or fuir. Pour éviter la faillite, il n’a d’autre choix que de contracter la masse monétaire pour inverser le flot d’or (Rothbard, 2005). Cet effet est connu depuis très longtemps; Richard Cantillon a déjà fait remarqué qu’une abondance d’argent fictif augmentait rapidement les prix de tout, créant une illusion d’abondance, « mais cette abondance furtive s’évanouit à la premiere (sic) bouffée de discrédit, & précipite le désordre » (Cantillon, 1755).

Malheureusement, le système de Bretton Woods, adopté à la fin de la Seconde guerre mondiale, n’était un système d’étalon-or qu’en nom. Ce que c’était, c’est un étalon-dollar; le dollar américain , dont la valeur était considérée comme aussi bonne que celle de l’or, devenait l’étalon de valeur pour toutes les autres monnaies. Libérés de toutes contraintes d’une valeur véritable, les politiciens en ont profité pour augmenter dramatiquement les dépenses publiques sans augmenter les impôts (Oatley, 2012). Et comme les autres pays ne demandaient pas (ou si peu avant le milieu des années 60) d’or, alors l’offre de dollars augmentait sans cesse. Les États-Unis exportaient ainsi leur inflation dans les autres pays (Rothbard, 2005), oubliant que « l’argent seul est le vrai nerf de la circulation » (Cantillon, 1755).

Cette « hyper » inflation du billet vert, dont s’étaient bien aperçu les économistes de l’École autrichienne, le rendait grandement sous-évalué. Toutes ces « bibittes en or » (gold bugs, qui voulaient un retour au véritable étalon-or d’avant la Première Guerre mondiale) affirmaient que le système de Bretton Woods allait s’effondrer à moins que le dollar ne soit réévaluer afin de réévaluer sa masse – jadis, les monnaies étaient définies comme une certaine masse d’or (Rothbard, 2005).

Tous les commentateurs et économistes de l’époque se sont moqués des Autrichiens, croyant encore en la solidité du billet vert. Mais le temps a donnée vite raison aux seconds. En effet, comme Johnson ne voulait pas diminuer les interventions étrangères ni balancer son budget, le déficit du compte courant des États-Unis continuait sans cesse de se creuser, augmentant encore plus la masse monétaire du dollar (Oatley, 2012). Sentant la soupe chaude, plusieurs pays européens se sont mis à demander un remboursement de leurs réserves de dollars pour de l’or, auquel ils avaient parfaitement droit (Rothbard, 2005). En 1968, Washington a sabordé la plupart du système de Bretton Woods afin de maintenir la fiction d’un dollar à 35 $ l’once. Les pays voulant un remboursement de leur billets l’auraient au taux mentionné, même si le marché libre de l’or montrait que l’or valait plus (Rothbard, 2005).

Toutefois, Nixon, élu en 1968, a continué les politiques inflationnistes de Johnson. Il allait même jusqu’à blâmer les autres pays, qui continuaient de réclamer leur dû. L’Allemagne de l’Ouest a bien tenté de faire un effort en achetant plus d’équipement militaire des États-Unis, mais le pays avait encore frais à la mémoire son infâme épisode d’hyperinflation (Oatley, 2012). Ce pays, de même que la France et la Suisse, continuaient d’insister pour échanger leur or. Quand d’autres pays les ont joints, Nixon a fini le sabordement de Bretton Woods et mis un terme à ce qui restait de l’étalon-or en 1971. Ainsi s’est réalisé le rêve des monétaristes, soit d’avoir des monnaies fiduciaires flottant les une par rapport aux autres. Le résultat? Une inflation galopante en temps de paix et des taux de changes très variables (Rothbard, 2005).

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