Toutefois, ce ne sont pas tous les économistes qui prodiguent de mauvais conseils. Ceux dits de l’École autrichienne, les plus fidèles héritiers des économistes classiques comme Smith, Ricardo et Say, sont probablement ceux de qui on devrait le plus suivre les conseils. Après tout, ils ont pu venir voir les grandes crises économiques des 100 dernières années1.

Se spécialiser pour mieux produire

Une des pierres d’assises de la théorie autrichienne combine la division du travail de Smith et l’avantage comparatif de Ricardo. Parce que les ressources naturelles sont inégalement réparties sur la planète – le Japon importe presque toutes ses ressources (Harper College), tandis que le Québec exploite/a la possibilité d’exploiter presque ¼ de tous les éléments naturels (Ressources naturelles Québec, 2012) –, et parce que le talent est mal réparti chez les humains – nous ne pouvons pas tous être Wayne Gretzky, Albert Einstein ou Bill Gates –, une division du travail permet à tous de profiter du talent des autres. Alors plutôt que de s’encombrer d’industrie inutiles et inefficaces, un pays gagne plutôt à se spécialiser dans ce qu’il produit mieux, que ce soit des ressources naturelles ou des produits manufacturés.

Suivant ces paroles de sagesse, il est facile de comprendre pourquoi les économies de plusieurs pays du Tiers-Monde ont eu (et ont encore, surtout dans le cas de l’Afrique subsaharienne) autant de difficulté à se développer et se sont endettés autant. Ils ont préféré forcer leur développement avec le gouvernement, principalement au travers de l’industrialisation par substitution d’importation (ISI; Oatley, 2012). À l’image des pays communistes, les pays d’Amérique du Sud et d’Afrique ont laissé les clés de leur développement à leurs gouvernements; ces derniers décidaient quelles industries étaient développées, et parfois même les prix (Oatley, 2012). Bien que le dirigisme semble avoir connu un certain succès, notamment avec les Tigres asiatiques, ce fut généralement un échec retentissant. Comme la plupart des industries jouissaient d’un monopole dans leur pays, elles n’avaient pas d’incitatif pour devenir compétitives, et c’est le gouvernement (donc les contribuables) qui payait la note. Cette incompétence existe aussi dans les pays industrialisés : la US Post Office, qui a le monopole du courrier de 1re classe2, accumule les déficits (Keane, 2012), tandis qu’Hydro-Québec a un ratio clients-employés plus élevé que des compagnies d’énergie de taille comparable (Agence QMI, 2011), ce qui lui fait perdre beaucoup d’argent. Les pays auraient plutôt eu avantage à suivre le modèle Hecksher-Ohlin et se spécialiser dans leur meilleur facteur de dotation, soit la main-d’œuvre (Oatley, 2012). Les ressources trop rares de la planètes auraient ainsi été mieux utilisées, et qui sait comment mieux l’économie mondiale s’en serait portée…