Vivre aux dépends des autres

En quoi ces types d’égalité matérielle sont incompatibles avec la liberté? Ils sont tous fortement altruistes; ils considèrent l’Homme comme une fin pour les autres, comme un agneau sacrificiel (Rand, 1964). En d’autres mots, ils affirment haut et fort avoir droit au produit des autres, exactement comme les esclavagistes d’antan. Il en résulte le fort potentiel que moins sera produit, parce que les couts de production augmentent et travailler plus est vu comme n’en valant pas la peine (Abdel et. al, ibid). C’est en partie comment l’on peut expliquer l’immense richesse des États-Unis : c’est le premier pays de l’histoire à voir les humains comme une fin en soi (Rand, ibid). On laissait les gens libres de poursuivre leur propre intérêt, la base morale du capitalisme (Rand, 1967), seul système de l’histoire qui a permis à tous les humains (à un rythme différent, certes) d’augmenter leur niveau de vie à des niveaux inimaginables il y a 200 ans (Mises, 2008).

Mais les égalitaristes matériels font fi de ces faits. Donc, au nom d’une supposée égalité de la richesse (jamais clairement définie), on veut taxer et surtaxer les hauts salaires, les investissements et les dividendes (Fillion, 2012), malgré le fait que 1) trop de taxe tue la taxe1, 2) taxer quelque chose décourage son utilisation (Veer, 2012) et 3) le profit est une des principales sources d’investissement, et donc de progrès économique (Mises, 1998). Les gens ne sont ainsi plus libres pour décider du meilleur endroit où investir leur argent. On ne « voit pas », de cette façon, toute la richesse qui aurait pu être créée (Bastiat, 1850).

Aussi ces mesures semblent-elles appauvrir la population – « le socialisme, c’est l’égale distribution de la misère », disait Winston Churchill. Prenons l’exemple de la Chine : au début des réformes économiques de Deng Xiaoping en 1981, le coefficient de Gini2 était de 0,291, mais le taux d’extrême pauvreté – gens vivant avec moins de 1,25 $/jour – était de 84 %(Ravallion, 2009). En 2005, ce taux a chuté à 16%, même si le coefficient de Gini a augmenté à 0,42. Simple curiosité : le Chinois moyen préfère-t-il 1981 ou 2005?

De même, au nom d’une supposée égalité des ressources, le gouvernement force certaines organisations à prêter ou à donner leurs ressources à des conditions scandaleusement avantageuses. C’est d’ailleurs ce qui a, en grande partie, causé la récession qui nous touche encore en ce moment. En effet, le gouvernement a réglementé – et réglemente toujours – comment une banque peut et ne peut pas refuser un prêt (Federal Trade Commission, 2008). Celles qui refusent de s’y conformer sont mises à l’amende (CNN, 1998), et ce même si les autorités étaient conscientes que, à long terme, il y avait un grand risque de défaut de paiement (Morrissey, 2008). Ces prêts ont amené la fameuse bulle immobilière, que le représentant Ron Paul avait vu venir dès 2001(TheUnfilteredNEWS, 2011) et les économistes dits autrichiens, dès 2002 (Bluman, 2002). Bulle, de plus, qui était facilement prévisible à cause d’un sérieux problème d’aléa moral (Oatley, 2012) causé par une mise en commun des hypothèques à risque en 1999(Holmes, 1999). Si les banques avaient été complètement libres de choisir à qui elles peuvent et ne peuvent pas prêter – comme c’est le cas au Canada –, alors l’actuelle crise n’aurait fort probablement pas existé.

Oh, il est possible que certains banquiers auraient effectivement discriminé des clients à cause de leur race ou de leur religion. Mais cela n’est que leur problème. S’ils sont assez fous pour refuser un prêt à un investisseur à cause de la couleur de sa peau, ce sont eux qui s’en mordront les doigts en voyant le succès qu’il remportera. De toute façon, une personne privée ne commet pas de crime en discriminant autrui; les chartes des droits à ce sujet s’adressent uniquement aux gouvernements (Rand, 1964). Une personne peut faire ce qu’elle veut de sa propriété du moment qu’elle ne viole ni la propriété des autres ni leur vie.

Par ailleurs, pourquoi veut-on tant forcer l’égalité des ressources? Ses tentatives, notamment au travers de la substitution d’importation (Oatley, ibid) ont été un échec monumental. Il existe un moyen nettement moins dispendieux, et surtout nettement plus avantageux de le faire : le commerce. Ainsi, chacun profite des habiletés des autres avec la division du travail, et pallie l’inégale distribution des ressources sur la planète (Mises, 1998) Imaginons un Canada autarcique, en hiver, et les couts subséquents de la nourriture…

Enfin, au nom d’une supposée égalité des opportunités, les entrepreneurs perdent leur liberté d’anticiper une hausse de la demande en prenant de l’expansion (Rand, 1967) ou même de baisser leurs prix par peur qu’ils soient jugés « trop bas » (Labaton et Zucjerman, 1999), même si une baisse de prix prolongée entraîne inévitablement une hausse future, ouvrant ainsi la porte à d’autres compétiteurs(Rothbard, 1986). Les entrepreneurs en sortent évidemment perdants – on viole leur propriété en utilisant des critères de compétition arbitraires –, mais les clients aussi, qui perdent en bon marché et surtout en qualité. La nationalisation du transport en commun au Chili en 2005 l’illustre très bien (Munger, 2008).

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