Liberté ou égalité? Le philosophe autrichien Karl Popper semble penser qu’on ne peut qu’avoir une des deux, car « la tentative d’instaurer l’égalité met la liberté en danger » (Popper, 2002). Mais de quel type d’égalité parle-t-il au juste? Bien que certains peuvent être compatibles avec la liberté, d’autres ne le sont pas du tout1.

C’est notamment le cas de l’égalité des traits naturels comme l’intelligence. L’école dans son format actuel est un reflet de cette volonté de standardiser l’intelligence. Elle tire son inspiration du modèle prussien : assistance obligatoire, enseignement pareil pour tous, tests standardisés, mais surtout volonté d’unité nationale(Richman, 1994). Bref, on veut fabriquer des citoyens dociles en série, ce que plusieurs créateurs d’écoles publiques (aux États-Unis, du moins) ont explicitement exprimé. C’est sans doute pourquoi tant de génies modernes2 ont quitté l’école avant la fin afin de mieux tirer profit de leur intelligence.

Le Canada n’échappe pas à cette tendance. Un enseignant s’est récemment fait congédier pour avoir donné zéro à un élève (La Presse canadienne, 2012). Et au Québec, on a longtemps tenté la « réussite à tout prix », en ne mentionnant pas à l’élève qu’il avait un échec ou en ne le faisant pas redoubler (St-Germain, 2004). Ainsi, à la fin du secondaire, « le ˝diplôme˝ que l’on remettra à ces élèves et qui fera état de leur réussite n’aura que la valeur du papier sur lequel il sera produit. » Est-ce le genre de société que l’on veut? Où tout le monde est promu au niveau supérieur, même ceux qui ne le méritent pas? Où retenir par cœur est mieux que de développer son jugement critique (et bref, sa liberté de penser)? Les membres d’une telle société seraient définitivement égaux, mais ressembleraient à des automates incapables de penser ou de reconnaître le mérite, et ne seraient donc pas du tout libres.

Égalisation matérielle

Toutefois, il semble que ce type d’égalité ne soit pas très populaire, comme en font foi les notes pré-requises dans les facultés de médecine et ailleurs (McGill, 2012) D’autres types, tout aussi incompatibles avec la liberté, le sont nettement plus, à commencer par l’égalité des richesses. Ses promoteurs sous-entendent que certaines personnes gagnent plus aux détriments des autres (Mackenzie, 2012). Égaliser les salaires serait donc une solution pour donner un niveau de richesse semblable et une meilleure vie.

Plusieurs problèmes se posent avec ce type d’égalité. Premièrement, comment décide-t-on du niveau de richesse désirable pour tous? Et comment l’égalisera-t-on, sinon par des moyens coercitifs comme l’impôt? C’est extrêmement inefficace, car la richesse semble moins se créer. Cela explique sans doute pourquoi les autres provinces rattrapent ou dépassent le Québec (Coiteux, 2012) – qui tente d’égaliser les salaires avec de lourds impôts – au chapitre des statistiques économiques (taux d’activité, PIB par habitant, niveau de vie). Mais si on en venait à vraiment égaliser les richesses, est-ce que les gens qui la dilapident seraient compensés?

Aussi, qu’est-ce qu’une meilleure vie? Malgré leurs écarts de richesse titanesques, Bill Gates et le Dalaï-lama semblent très heureux. Toutefois, le bonheur est un indice trompeur. En effet, que faire si une personne s’autodétruit pour être heureuse?Ou dérange l’intégrité des autres personnes (meurtre, viol)?

L’égalité des ressources pose autant de questions sans réponse. Pour ses défenseurs, il suffirait que tous aient les mêmes ressources, et de là tous se débrouillent. Comment fera-t-on pour distribuer ces ressources, pour commencer? Une chose est une ressource parce que quelqu’un, quelque part, l’a produite. Cette personne serait-elle payée? Aussi, que fait-on des différentes capacités des gens à utiliser lesdites ressources? Un sculpteur peut faire des miracles avec un bloc de marbre; c’est à peine si un économiste peut en tailler un morceau. Est-ce donc dire qu’un manque d’habileté est aussi un manque de ressources? Si oui, comment palier ce manque?

L’égalité des chances est un dernier type incompatible avec la liberté. Son principal postulat : en nivelant le terrain de jeu pour tous, chacun aurait une chance de se tailler une place et d’arriver au sommet. C’est sans doute une des motivations derrière les lois antitrust, qui visent à scinder les compagnies « trop grosses » afin que d’autres concurrents puissent pénétrer le marché. Malheureusement, ces lois étaient basées sur un tissu de mensonges (Dilorenzo, 1985), puisque 15 des 17 secteurs soupçonnés de monopole ont, en moyenne, augmenté leur production de 175% entre 1880 et 1890. C’est exactement le contraire de la logique du monopole – restreindre la production afin d’augmenter le profit3.

D’ailleurs, dans son jugement pour briser Standard Oil, la Cour suprême avait reconnu que la compagnie avait pu diminuer les couts des produits pétroliers (Paul, 1999). Fait intéressant : suite à la scission de Standard Oil, les prix réels du pétrole ont augmenté (Abel et. al, 2012).

Bref, l’égalisation des chances vise plutôt à permettre aux incompétents de finalement pouvoir concurrencer ceux contre qui ils n’avaient aucune chance autrement. Les « fautifs » ne sont ainsi plus libres de satisfaire leurs clients avec leurs économies d’échelle, qui viennent souvent avec l’expansion d’une entreprise.

1Plusieurs points amenés dans cet essai sont inspirés d’une lecture du professeur Mark LeBar lors d’un séminaire à l’Université Chapman, en Californie. Diapositives disponibles sur demande.

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