Le 23 octobre dernier, une foule estimée à une centaine de personnes s’est réunie à La P’tite Grenouille pour entendre le « show » – parce que c’est ce qu’il a donné – de l’ancien professeur Réjean Breton sous le titre Prisonnier du Québec. Le tout était organisé par Action Liberté, un groupe nouvellement formé qui vise à « défendre la liberté, la justice et la responsabilité individuelle », affirme son président Patrick Boulanger.

« Plusieurs de nos membres sont des gens actifs au travail, des actionnaires de PME, qui paient beaucoup d’impôts et qui travaillent sans avoir toutes les protections du public, poursuit-il. Sans prétendre parler au nom de ces 60 % qui paient de l’impôt, nous leur offrons néanmoins une voix pour les représenter. Une voix qui affirme haut et fort que toute action a ses conséquences et qu’on doit les accepter en tant qu’individu. »

Le groupe s’est formé de fil en aiguille, principalement au travers du RLQ. « Nous ne sommes nullement opposé à ce groupe, précise M. Boulanger. Toutefois, nous sommes plus portés sur l’action. » Et le rassemblement du 23 en fut un bel exemple.

Au travers des tirades légendaires du prof Breton contre ses ennemis jurés – les « syndicaleux », les « nationaleux » et les « pékouistes » –, « les contribuables, les propriétaires de PME et les autres personnes discutent des sujets chauds de l’heure et font du réseautage », ajoute-t-il. Il y a même des employés du gouvernement – M. Boulanger travaille pour le gouvernement fédéral –, ce qui n’a rien d’anormal. « Certains se soucient de ce qu’ils lèguent à leur enfants. Moi-même, j’ai applaudi quand Ottawa a décrété que ses policiers (GRC) devraient désormais payer 50 % de leurs pensions. »

Corruption inévitable?

Toutefois, ce n’est pas demain que la plupart des bureaucrates auront sa mentalité. En effet, ils sont à peu près tous protégés de la concurrence. « On n’est pas des animaux; on est des humains sensibles », caricature le prof Breton en imitant les « syndicaleux ». Cette allergie à la concurrence est, selon lui, la base même de la corruption qui semble tant affecter le Québec. « Au privé, les entreprises qui ont de la concurrence n’ont pas le temps de corrompre. Mais au Québec, il n’y a pas de concurrence. Dans les chantiers de construction, s’il faut 5 gars, on en place 10. Et la FTQ était liée de près à Accurso », lance-t-il dans son langage coloré. Il ajoute également qu’au public, la superposition de deux monopoles (donc, de fermeture à la concurrence), le gouvernement et les syndicats, engendre son controversé concept du national-syndicalisme.

« La corruption, ça vient de cette mentalité du pas de concurrence. En éducation, il n’y a pas de concurrence; tous les profs sont compétents. On peut quand même pas les évaluer!! Malheureusement, les profs les plus anciens sont protégés par l’ancienneté, qui les protège de la concurrence, mais aussi de la compétence. Pourtant, il devrait y avoir un truc bien simple : si le prof est pas intéressant, il s’en va. »

« Mais présentement, la jeune prof dynamique qui donne le goût de la lecture à ses élèves mais qui commence a un salaire moindre que le vieux prof platte qui répète sans cesse la même chose. Imaginez ce que ça fait sur l’ado de secondaire 1 ou 2, celui qu’on doit accrocher si on ne veut pas le perdre plus tard », souligne-t-il.

De l’importance de l’anglais

Toujours dans le domaine de l’éducation, le prof Breton ne manque pas d’écorcher le nouveau gouvernement Marois, notamment au sujet de sa forte ambivalence face à l’anglais. « L’anglais, c’est l’obsession des « nationaleux », même avant le primaire. Ça a un très grand avantage : sans l’anglais, on s’informe pas en anglais; on doit passer par Radio-Canada, dont le penchant est très évident. On devient aussi moins mobile, car qui sait, on serait peut-être tentés de déménager, je ne sais pas moi… en Alberta?! POUAHAHA!! », pouffe-t-il d’un rire sarcastique.

Plus sérieusement, M. Breton croit en l’importance de l’anglais. « C’est la nouvelle lingua franca. Quand un Chinois et un Allemand se rencontrent, c’est l’anglais qu’ils parlent. Si on veut se libérer, si on veut concurrencer au niveau mondial, si on veut fonctionner partout, bref si on veut se libérer, il faut parler l’anglais. Même si on n’en ressent pas le besoin, ça finira toujours par nous être utile. » Nul besoin de dire qu’il désapprouve fortement un ancien collègue, fortement péquiste, qui affirmait que le Québécois moyen n’avait pas besoin d’apprendre le français. Français, d’ailleurs, qui n’est compris nul part ailleurs. « Les Français doivent sous-titrer nos films! », fait-il remarquer.