Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement Marois tente de tenir plusieurs de ses promesses. L’une d’elle consiste à augmenter l’impôt des « riches » et la taxe sur le capital afin de combler le déficit laissé par l’abolition de la taxe santé. Est-ce une bonne idée?

« Tout dépend du contexte hors Québec, affirme Jean-Yves Duclos, directeur du département d’économique à l’Université Laval. Si nous étions une grande économie isolée du reste du monde, ça ne causerait pas beaucoup de problèmes. Mais comme notre économie est petite et fortement intégrée au reste de la planète, les capitaux et les travailleurs sont très mobiles. Notre taxation nous cause plusieurs problèmes de compétitivité. En effet, un travailleur vivant hors Québec, surtout en Amérique du Nord, sera plus riche qu’en y vivant. Si on augmente encore plus les impôts, on doit s’attendre à un exode des plus riches, qui sont généralement très mobiles. »

Cette exode serait plus présent qu’on ne le pense. « Lorsqu’une entreprise veut installer un siège social, un centre de décision ou une usine, l’impôt est un des facteurs pris en compte, précise-t-il. Au Québec, les hauts salaires, très présents dans les deux premiers cas, sont défavorisés par l’impôt. Cela risque donc d’influencer la décision d’Alcan d’implanter un bureau d’ingénieur pour conseiller sa production. »

Sans compter que ladite hausse risque fortement de ne pas générer les revenus attendus – il peut y avoir jusqu’à 75 % de gaspillage, selon certaines statistiques. « Pour tout changement à l’impôt, les agents économiques (tout le monde, bref) ajustent leur comportement, affirme le professeur. Dans le cas d’une hausse, plusieurs tenteront de s’entourer de bons conseillers afin de bien compter. Pour ne avoir à payer l’impôt, certains pourraient vouloir acquérir leurs revenus sous une forme non taxable, d’autres pourraient tout simplement décider ne pas générer de revenus ou encore de les retarder. »

Prendre les gens par surprise

Mais comme la hausse est rétroactive, les gens auront de la difficulté à s’ajuster à court terme. « Une rétroaction n’a rien d’illégal du point de vue de la constitution et des chartes, mais elle est rarement bien accueillie, soutient M. Duclos. En effet, comme les gens agissent en fonction des signaux des gouvernements, ils aiment être informés à l’avance pour bien planifier. Une hausse qui n’est pas annoncée à l’avance ne leur permet pas d’agir en conséquence », conclut-il.

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