Des élections auront lieu d’ici peu. Les nombreux partis officiellement reconnus solliciteront de toute part votre vote. Parmi ceux-ci se retrouve le Parti libéral de Jean Charest. Après neuf années au pouvoir, plusieurs personnes affirment dans les médias que le PLQ souffre de l’usure du pouvoir. C’est en parti vrai, puisque le programme ne propose que du réchauffé, en plus de ne pas vraiment se distinguer des autres partis.

En effet, le langage du programme trahit les intentions collectivistes du Parti « libéral » : « nous avons créé des emplois », « pour le Québec », « unir nos efforts », etc. Ces mots devraient suffire pour convaincre quiconque connait le moindrement l’économie que le PLQ n’est PAS néolibéral. Au risque de me répéter, le « nous » en politique n’existe pas dans une société libérale (classique). Quand quelque chose est entrepris, c’est par les individus ou par un groupe d’individus qui s’unissent consensuellement. Un « nous » utilisé par le gouvernement implique toujours des débordements.

Une vision rose de l’économie

Ces débordements sont particulièrement évidents dans l’économie. Un gouvernement peut effectivement créer 250 000 emplois bruts, mais ça ne sera fort probablement pas 250 000 emplois nets. Considérant l’absence (ou le peu) de revenus autonomes d’un gouvernement, ce dernier doit donc les prendre de force avec les impôts et les taxes. Ceci diminue la richesse des contribuables, et donc les possibilités d’investissements, pierre d’assise de la richesse moderne et donc de l’emploi. On pénalise ainsi les meilleurs et empêche peut-être même des entreprises de se créer3.

Ce manque qu’on ne voit pas passe encore plus inaperçu si on ne s’attarde qu’aux chiffres du chômage. Comme le jovialiste en chef du Québec, Jean-François Lisée, Jean Charest se vante que est meilleur qu’en Ontario ou aux États-Unis. Mais comme Lisée, Charest oublie de mentionner que le Québec est en milieu de peloton au niveau canadien pour le chômage, loin derrière l’Alberta et la Saskatchewan. Aussi oublie-t-il de mentionner que le taux d’activité de la main-d’œuvre – les personnes de 15 à 64 ans se cherchant activement un emploi ou en occupant un – est au 7e rang canadien, derrière l’Ile-du-Prince-Édouard et à peine devant la Nouvelle-Écosse. Si le Québec avait un taux d’activité semblable à celui de l’Alberta (73,3% et non 64,5%), il y aurait donc près de 590 000 personne d’incluse, ce qui augmenterait le chômage à 21%.

Toujours dans la série vision sélective des choses, on affirme que le niveau de vie au Québec a augmenté plus vite qu’en Ontario ou aux États-Unis. Même si c’est vrai, il reste que la « compétition » a toujours un niveau de vie plus élevé que le Québec. Idem pour le taux de pauvreté; en fait, le PLQ nous ment carrément avec seulement deux comparatifs, même si c’est seulement un an avant leurs prétentions.

Un gouvernement paternaliste

En plus de dire n’importe quoi sur ses « réalisations », le PLQ aime faire accroire qu’il a grandement aidé les entreprises, notamment en aidant la recherche et l’innovation, et en promettant d’aider les entreprises à s’étendre à l’étranger tout en bloquant les offres d’achat « hostiles », de favoriser le transfert d’entreprises familiale, de rechercher agressivement (mot actuel du programme) des investisseurs étrangers et de favoriser les domaines d’excellence.

Dans chacun des cas, l’aide gouvernementale est au mieux inutile. Je me répète, mais les politiciens refusent de comprendre : si un entrepreneur estime qu’il est de son avantage d’investir dans la recherche ou d’étendre son marché à l’étranger, il le fera. Sinon, Bombardier n’aurait pas fait long feu malgré toutes les subventions accordées. Idem pour l’innovation : c’est non seulement dans l’intérêt de l’entrepreneur de le faire, mais c’est même vital. S’il n’innove pas, il est condamné à périr, à moins que le gouvernement ne soit derrière lui pour empêcher qu’il ne perde sa position privilégiée avec la taxation6. Donc, si le secteur manufacturier veut survivre et se développer, il doit rivaliser d’imagination. Il doit également recevoir « l’aide » du gouvernement pour qu’il réforme les lois du travail et enlève du pouvoir aux syndicats, principal boulet de l’industrie.

Pour ce qui est du développement des domaines « d’excellence », ce n’est pas au gouvernement à décider quels sont-ils. L’excellence s’acquiert avec le temps et la réputation. Forcer le développement via l’aide gouvernementale empêche justement le développement « durable » de domaines d’excellence. Car une fois que l’aide se retire, l’entreprise se retrouve généralement devant rien et demande la mamelle de l’État, encore une fois. Ce n’est pas au gouvernement non plus de décider si une offre d’achat est bonne ou non. À moins qu’il ne m’en manque des bouts sur le monde des affaires, une compagnie n’est pas obligée d’accepter une offre d’achat, fût-elle au pied du mur. D’ailleurs, n’est-il pas paradoxal que ce même gouvernement veuille aussi encourager les entreprises québécoises à acquérir à l’étranger? Étranger d’ailleurs que l’on veut d’ailleurs fortement inciter à investir au Québec…

3Mises, Ludwig Von. « Human Action : A Treatise on Economics » Institut Ludwig Von Mises, Auburn, Alabama, 1998, p.802

6Human Action, p.805