Nuire à l’économie

En plus de vouloir diriger la destinée des familles, la CAQ veut aussi diriger l’économie du Québec. Elle veut notamment que la Caisse de dépôts et de placements investisse plus dans les entreprises québécoises afin que les « Québécois » redeviennent « propriétaires » de « leur » économie. Même d’un point de vue étatique – aucun parti majeur ne prône l’abolition de la CDP – cette mesure est un non-sens. Le but de la Caisse est de faire du profit. Donc, s’il y en a à faire avec une entreprise québécoise, elle le fera. On pourrait d’ailleurs se demander pourquoi la CDP a attendu en juillet pour se décider d’acheter Rona. Puisqu’elle est là pour rester, qu’elle soit complètement indépendante des pouvoirs politiques, et donc de pressions pour investir dans des endroits spécifiques. Ceci inclut toute participation forcée dans les projets miniers du Grand Nord. Encore une fois, s’ils sont payants, la CDP investira d’elle-même.

Il en va de même pour l’innovation et la formation. Il est dans l’intérêt personnel d’un entrepreneur d’être le plus à jour possible s’il veut bien concurrencer ses adversaires. S’il ne le fait pas, c’est qu’il juge la mesure trop onéreuse ou inutile. Offrir (d’autres) crédits d’impôts dans le domaine est donc, au mieux, inutile. Mais au pis, cela concentre artificiellement certaines entreprises, comme les jeux vidéos à Montréal ou l’optique à Québec.

Même chose pour « l’aide » gouvernementale à l’international. Si un entrepreneur québécois juge qu’il gagne à investir sur les marchés étrangers, il le fera. Idem pour un entrepreneur étranger qui veut investir au Québec. Malheureusement pour ce dernier, la xénophobie économique des politiciens décourage tout effort. Si l’Alberta avait eu le même réflexe, son économie n’aurait pas autant explosé.

Idem pour le développement régional et des autres secteurs de l’économie. Que ce soit pour Québec, Montréal ou les autres régions, le gouvernement doit tenir compte des deux mots préférés des libertariens anglophones : laisser-faire. Car qui dit investissement public dit taxes et impôts, et donc diminution de la richesse et de la productivité. Pour qu’il y ait développement économique, le gouvernement doit donc laisser faire la marché (i.e. tous les humains) et ainsi leur laisser décider où sera produit quoi afin que ce soit au meilleur prix. « Encourager » une quelconque industrie sur un territoire (dans le cas de la CAQ, la transformation des aliments) sous-entend nécessairement des mesures protectionnistes, et donc une hausse des prix pour les consommateurs.

Toutefois, une mesure encourageante distingue la CAQ des autres partis. En effet, on propose de modifier le Code du travail pour obliger un vote secret pour obtenir une accréditation syndicale. J’irais encore plus loin : fin de la formule Rand – le droit d’association, c’est aussi le droit de ne PAS s’associer – et fin de la loi anti-briseur de grève. Cette dernière est une violation flagrante de la propriété privée, puisqu’elle empêche un employeur d’engager des gens qui veulent travailler aux conditions offertes. La loi a ainsi cédé au terrorisme syndical3.

3Mises, Ludwig Von. Socialism :An Economic and Sociological Analysis, New Haven, Yale University Press, 1951, p.480-1