Cinq ans après avoir produit son célèbre pamphlet L’Illusion tranquille, une sévère critique du supposé « modèle québécois » (qui n’a reçu aucune subvention), Joanne Marcotte récidive avec un livre, Pour en finir avec le Gouvernemaman. Bien que les libertariens risquent de rester sur leur faim, les personnes qui se questionnent sur la pertinence de l’intervention des gouvernements dans nos vies seront ravis de trouver une « citoyenne engagé qui tente tout simplement de comprendre le Québec qu’elle habite et qui ne s’y reconnaît pas », probablement comme plusieurs d’entre vous. Écrit dans un français facile à comprendre et accompagné de nombreuses références passées et présentes, le livre se dévore avec appétit.

Les jovialistes à la Jean-François Lisée, qui affirme que la dette n’est pas « si pire », risque de broyer du noir. En effet, le portrait que trace Mme Marcotte du Québec est très sombre, mais (malheureusement) ô combien réaliste. Presque à chaque page, on s’aperçoit que le Québec moderne ressemble à peu près à ceci : une société où les citoyens ont presque complètement abandonné leurs responsabilités au gouvernemaman, ce Léviathan qui vise à assurer notre bien, voire même nous protéger de nous-mêmes. Pensons seulement à cette déclaration de Claude Castonguay, qui voulait imposer un RÉER (épargne retraite) parce que les gens ne connaissent pas assez bien l’épargne… Même si c’était vrai, force est de constater que ce comportement est plutôt rationnel, voir même encouragé dans notre société. En effet, dans une citation indirecte de Ludwig Von Mises – elle m’a avoué ne pas connaître l’École autrichienne –, l’auteure rappelle que les sociale-démocraties ont tout dans les bonnes intentions, rien dans le calcul des couts économiques de leurs actions. Cela explique pourquoi les plus grands consommateurs de médicaments – les gens âgés, à hauteur de 60 % – ne paient que 38 % de la facture.

La déresponsabilisation tranquille ne touche pas seulement les citoyens. Elle ne manque pas au passage de dénoncer vivement les entreprises qui profitent des plus généreuses subventions et des programmes d’aide les plus nombreux au Canada. En fait, selon ses recherches, il pourrait y avoir, d’ici 2018, un programme d’aide pour chaque trois nouveaux entrepreneurs! Elle affirme, avec raison, que ces entreprises font de la concurrence déloyale. Et elles n’ont pas intérêt à ce que ça change; après tout, elles sont bien au chaud dans leur duvet doré aux frais de la princesse (les contribuables).

Cette superstructure est supportée par des petits groupes de pression bien organisés, notamment les syndicats. Cette minorité bien organisée – contrairement à la majorité rationnellement silencieuse2 – se mobilise à la moindre attaque de leurs privilèges. Rappelez-vous un peu les journées de perturbations organisées suite aux promesses du gouvernement Charest de faire un peu de ménage dans l’administration … Suite à ces manifestations, tel qu’on le mentionnait aussi dans L’Illusion tranquille, le gouvernement est rentré dans les rangs afin de préserver « la paix sociale ». Résultat : il y a encore plus de fonctionnaires dans le gouvernement et de cadres dans le domaine de la santé que jamais auparavant. Comme chaque mesure ne coutent « que » quelques sous par électeurs, la majorité n’a pas intérêt à protester…

Et afin de taire les critiques du sacro-saint « modèle » québécois, on se charge sur-le-champ de dénigrer quiconque ose le remettre en question. On n’a qu’à penser à l’accueil réservé à cet article de Macleans’, qui accusait le Québec d’être la province la plus corrompue – on se rend compte que c’est vrai – ou à cette sortie du député fédéral de Beauce Maxime Bernier qui osait affirmer l’évidence, soit que le Québec est un enfant gâté (par la péréquation) et qu’il en demande toujours plus.

Des solutions intéressantes, mais qui ne vont pas assez loin

Après une impressionnante collection de constatations et de critiques toutes plus justes les unes que les autres, Joanne Marcotte termine son livre sur un rêve : à quoi pourrait ressemble son Québec idéal en 2025. Elle y présente des idées audacieuses qui vont très certainement à contre-courant des idées de notre intelligentsia : déréglementation du transport en commun, abolition des commissions scolaires et des agences de santé (ce qui donne plus d’autonomies aux établissements), fin du corporatisme syndical dans les écoles et un retour massif des exilés, pour ne nommer que ces points.

Toutefois, son programme ne va pas assez loin. En effet, bien que le Québec de Joanne Marcotte embrasse plus de libre-marché, il ne le fait pas assez. Elle semble sous-entendre que les monopoles publics (Hydro-Québec, Loto-Québec, SAQ) existent encore. Ainsi, l’électricité locale continue d’être vendue à perte, le gouvernement continue de monopoliser le jeu et s’approprier les profits pour s’engraisser, et l’alcool continue d’être vendue plus chère qu’en Alberta, sans compter des employés surpayés pour du commerce de détail. Ensuite, bien qu’elle limite l’octroi de fonds publics, elle continue de supporter les subventions culturelles pour compenser la petitesse du marché. Je dois m’inscrire en faux contre cette affirmation. Si quelque chose ne peut survivre sans aide gouvernementale, alors ça ne mérite pas de vivre. Après tout, Gilles Vigneault, Pauline Julien, ou même Gabrielle Roy et Félix Leclerc ont commencé leur carrière sans aide gouvernementale, et ils s’en sont très bien tiré! Si on a confiance en notre produit, que ce soit un meuble ou un poème, alors il se vendra. Enfin, elle mentionne souvent que l’État s’est grandement éloigné de ses missions essentielles… quelles sont-elles? Elle n’en parle pas.

Malgré tout, je recommande chaudement ce livre. Peu de personne ont le courage qu’a eu Joanne Marcote d’exposer au grand jour ce qui va mal au Québec. Et elle n’épargne personne : syndicats, artistes, politiciens, une culture apparemment généralisée de déresponsabilisation et de no-fault … Heureusement, si l’on peut se fier aux sondages qu’elle cite, les gens, et particulièrement les générations X (1960-1979) et Y (1980-1999), se rendent compte que l’on ne peut plus se permettre de rouler en Cadillac alors qu’on ne peut se payer qu’une Lada. Puisse Pour en finir avec le Gouvernemaman inspirer d’autres auteurs, et peut-être même des politiciens, afin que le Québec puisse finalement se sortir des bas-fonds des statistiques économiques!

2BÉLANGER, Gérald. L’Économique de la santé et l’État providence, Les Éditions Vara, Montréal, Québec, 2005, p.141-142

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