À défaut de pouvoir commenter directement sur le site de Métro Montréal, j’utilise d’autres avenues qui ne censurent pas la pensée alternative.

Chaque semaine, Léo-Paul Lauzon sévit de sa démagogie sans pareil dans les pages de Métro Montréal. Chaque semaine, il y va « d’explications » « montrant » que le capitalisme est plein de failles et que la réponse est plus d’intervention de l’État. Cette semaine, il nous fait part du ras-le-bol de la population face au monde moderne.

Sur le fond, je suis obligé d’être d’accord avec lui : il y en a marre que le monde soit dirigé par des politiciens, des lobbyistes et des organismes de recherches dont les conclusion sont tronquées d’avance. Mais comme d’habitude, il a (presque) tout le reste faux …

La pauvreté du Québec

Parce que la Belle Province occupe le 20e du PIB par habitant au niveau mondial, nous ne sommes apparemment pas pauvres. Bien que cette mesure soit trompeuse – il y a quatre pays islamistes dans le top 15, et trois n’ont pas la cote côté droits individuels –, voyons voir comment on se compare au niveau canadien : nous sommes en milieu de peloton quant à la prévalence de faible revenu pendant six ans ou plus, nous sommes en queue de peloton quant au revenu médian avant impôts (nous sommes les seuls qui l’a vu diminué) et à égalité en bas du classement avec la Nouvelle-Écosse si le revenu médian est considéré après impôts (et encore là, il a le plus diminué en 30 ans), le quintile inférieur a connu la 2e plus faible augmentation de ses revenus et se classe à peine devant la Nouvelle-Écosse et la Colombie-Britannique, nous sommes en milieu de classement quant à la rémunération hebdomadaire moyenne et en 8e position quant à son augmentation moyenne et nous sommes les plus grand récipiendaires de cette aumône des pauvres euphémiquement nommée péréquation qui, n’en déplaise aux analphabètes économiques qui ont rédigé le dernier budget du Québec, est ce qui nous permet de vivre au-dessus de nos moyens (ces huit milliards permettent de payer les places publiques en garderie, le régime d’assurance parentale, en plus de combler les déficits à venir, et le régime d’assurance-médicaments). Donc, bien que nous soyons plus riches que le Zimbabwe, le Togo et le Bangladesh, je me désole que nous soyons une des provinces les plus pauvres du pays.

Ensuite, notre dette est supposément un pétard mouillé parce que « nous » possédons Hydro-Québec, qui vaut plus que la dette du Québec. À ce compte, les États-Unis n’ont aucun problème puisqu’ils ont un vaste réseau de parcs nationaux, de bureaux de postes, d’autoroutes (Interstate), d’édifices fédéraux … Et comme nous conservons notre « bonne cote » de Moody’s, tout est parfait. Vraiment? Ladite cote de Moody’s du Québec est à égalité avec celle des provinces Maritimes, soit en fond de classement, derrière toutes les provinces à l’Ouest de la rivière des Outaouais; celle de Standard and Poor’s nous classe à égalité avec Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve en bas de classement, tout juste devant l’IPÉ (quoique sa cote devrait remonter, considérant sa très grande discipline fiscale).

Les méchantes entreprises

Puisqu’il est question du ras-le-bol de la population, Môsieur Lauzon ne pouvait évidemment pas passer sous silence le souffre-douleur de l’heure : les grandes entreprises. Leurs « vaches sacrées » – abris fiscaux, paradis fiscaux, baisses indécentes d’impôts, subventions éléphantesques – causeraient une désinvolture de la population quand vient le temps de voter.

Comme trop de gens de sa trempe, le professeur met tous les œufs dans le même panier. Oui, les subventions sont des aberrations, qui transfèrent l’argent des entreprises qui ont du succès vers celles qui sont médiocres. Oui, les abris fiscaux n’ont pas lieu d’être. Mais les paradis fiscaux (mauvaise traduction de « fiscal haven ») existent seulement parce qu’il y a des « enfers » fiscaux. Si l’on veut qu’ils cessent d’exister, alors il faut jouer le jeu et diminuer les impôts.

Après tout, l’entreprise privée n’est pas une œuvre de charité. Elle existe pour faire du profit. Si ses couts augmentent (par les impôts, notamment), alors elle devra compenser cette hausse en augmentant ses prix, la rendant moins compétitive. Le Manitoba semble avoir compris ce détail, en devenant une zone franche pour les petites entreprises. Ou plutôt, un « paradis fiscal » (sic).

Toutefois, malgré une imposition plus basse qu’aux États-Unis, Lauzon se scandalise que nos biens et services soient en moyenne 20 % plus chers. Le fait que les produits agricoles (lait, blé, œufs, etc.) soient réglementés (et que les importations ont des tarifs prohibitifs) et que notre marché intérieur soit environ neuf fois plus petit que celui des États-Unis n’a évidemment rien à y voir …

En conclusion, il est important de mettre les choses au clair : ce contre quoi les gens sur Wall Street et partout ailleurs protestent, c’est le corporatisme. Lauzon a donc raison a dénonçant les subventions aux entreprises. Par contre, il oublie de dire que les lobbys existent uniquement parce que les gouvernements sont trop gros. C’est très simple : moins de gouvernement = moins d’impôts perçus = moins d’argent à distribuer aux plus offrants = moins de corruption. Sans compter que plusieurs lobbys se sont formés suite à l’intervention du gouvernement : les associations médicales et légales (pour devenir médecin ou avocat, il faut nécessairement obtenir un permis, qui coute très cher et prend une éternité à obtenir), pharmaceutiques (en plus de profiter de généreux brevets, elles seraient derrière plusieurs saisies de pot en Californie, État qui a pourtant légalisé la drogue), bancaires (les banques canadiennes sont à peu près protégées de la concurrence étrangère, ce qui leur permet d’exiger des frais d’opération élevés), syndicales (aucun vote secret n’est exigé pour être syndiqué au Québec, et l’utilisation des fonds perçus est entouré d’une culture du secret), etc. Je termine en laissant la parole à un homme qui dit avoir vécu en URSS, et qui fait passer des manifestants pour des idiots : http://www.breitbart.tv/former-soviet-citizen-confronts-socialists-at-occupy-wall-street/ .