Si l’élection surprise de 58 député du NPD représentait le désir de changement que plusieurs électeurs veulent vraiment, alors on est en droit de se questionner si la même chose se produira avec Québec Solidaire (QS) au provincial. Toutefois, en lisant le programme, il reste à souhaiter que les électeurs sauront ce qu’ils font …

En effet, ce document est bourré de sophismes et de fausseté, à commencer par la toute première phrase : « Depuis plusieurs décennies, les gouvernements, les élites économiques et leurs idéologues nous ont répété que la politique néolibérale ». Ai-je bien entendu? Nous vivons dans un monde néo-libéral (je cherche encore des paléo-libéraux, si quelqu’un peut m’éclairer)? Il est vrai que les frontières commerciales ont peu à peu disparues, mais nous sommes à des années-lumières d’un marché complètement déréglementé. On n’a qu’à jeter un coup d’œil sur les dépenses des administrations aux États-Unis dans les marchés financiers et le nombre de pages au registre de réglementations du même pays pour voir qu’on vit dans un monde hyper-réglementé. Cette « réglementationnite » a des conséquences : des gens sont désormais incapables d’exercer une profession sans avoir un permis onéreux et étudier pour de longues années, et ce même si les clients sont satisfaits du service rendu. Le gouvernement a ainsi répondu aux appels des différents lobby pour « cartéliser » la profession – ce que redoutait Adam Smith –; il n’est donc pas surprenant qu’une visite chez le médecin ou l’avocat coute si cher puisque de l’offre est fortement réduite.

Et au Québec, ce n’est pas mieux. Dans le dernier budget, on fait état de 35 fonds spéciaux qui « consiste à assurer la prestation de services et la vente de biens ou à financer des programmes gouvernementaux » et de 68 organismes autres que budgétaires qui « ont été créés afin d’offrir des services spécifiques à la population ». De ce nombre, à peine 3 répondent aux missions essentiels de l’État : les écoles nationales de police et des pompiers ainsi que le Tribunal administratif. Deux autres, Services Québec et l’Agence du Revenu du Québec, peuvent être acceptables puisqu’ils semblent regrouper plusieurs organismes ensembles. La quasi-totalité des 98 autres fonds et organismes pourrait disparaître instantanément que la province ne s’en porterait que mieux. En effet, pourquoi un gouvernement devrait-il avoir une Agence de l’efficacité énergétique? une Centre de la francophonie des Amériques? une Régie du logement? une Société nationale de l’amiante?

Les véritables causes des crises

Ignorons ces faits pour l’instant et supposons que nous vivons effectivement dans un monde néo-libéral. La deuxième phrase du programme de QS affirme que c’est ce « qui nous a enfoncés dans la pire crise économique depuis la Grande Dépression de 1929 ». En d’autres mots, le fait que les gouvernements interviennent moins – supposition, je le rappelle – dans l’économie et imposent moins de restrictions aux entreprises nous a mis dans le pétrin.

Suis-je le seul à trouver cette affirmation ridicule? En effet, comment une économie avec moins de règlements peut-elle échouer à si grande échelle? Oui, les faillites seraient présentes même sans aucune réglementation, mais elles seraient nettement moins fréquentes. Dans un marché libre, le client a, d’un certain point de vue, un contrôle absolu sur les entrepreneurs. Ces derniers, s’ils veulent rester en affaire, doivent absolument répondre aux attentes des premiers en offrant le meilleur rapport qualité/prix possible. C’est ce qui peut expliquer le succès de Toyota et l’échec de GM.

Pour en revenir aux causes de la crise actuelle et de celle de 1929, elles peuvent être facilement reliées à des interventions plus ou moins directes des gouvernements. L’effondrement des marchés de 1929 a fait suite à une décennie de crédit facile – la masse monétaire avait augmenté de 60 %. Résultat : plusieurs projets normalement non rentables le sont devenus, ce qui a engendré une expansion démesurée de l’économie et plusieurs mauvais investissements. Quand la Fed (la banque centrale aux ÉU) a commencé à hausser les taux d’intérêts, ces mauvais investissements devenaient évidents et ont failli. Lorsque la panique s’est installée en 1929, le gouvernement Hoover aurait pu faire comme Harding en 1920 et couper les impôts et les dépenses gouvernementales, ce qui aurait réglé cette récession en moins de deux ans. Mais il a préféré faire l’inverse : augmenter les impôts et les dépenses.

En campagne en 1932, Franklin D Roosevelt (FDR) avait promis de renverser ces tendances désastreuses. Malheureusement, il a non seulement emboîté le pas à Hoover – la dette après 100 jours était supérieure à deux ans de Hoover –, mais il a même carrément copié Benito Mussolini pour diriger l’économie des ÉU! En effet, il a organisé les différentes professions en cartels avec le pouvoir de fixer les prix. Les réfractaires étaient ostracisés sur la place publique, comme ce tailleur du New Jersey qui a osé fabriquer quelque chose à 0,35 $ alors que le prix plancher était de 0,40 $.

Ce tailleur aurait sans doute sympathisé avec les banquiers, qui ont connu le même sort 70 ans plus tard. En effet, en plus d’une politique monétaire très expansionniste – M38 était en hausse constante depuis 2004 –, le gouvernement des États-Unis s’est donné comme mission d’augmenter la propriété immobilière. L’un de ces mesures, qui a toujours cours, visait à dicter aux banques à qui prêter. Les banques rebelles sont mises à l’amende, et ce même si les politiciens étaient conscients qu’il y avait risque de défaut de paiement par ces gens. C’est ainsi que lorsque les taux d’intérêts ont augmenté : la bulle immobilière créée sous Clinton a éclaté. Sans ces interventions, nous ne connaitrions probablement pas la crise économique actuelle.

La présente analyse ne s’attardait qu’aux deux première phrases du Cahier de perspectives. Je n’ai même pas encore parlé du reste de l’introduction ni des enjeux comme tel! Mais leur analyse ne tardera pas

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