Dans un récent texte, Richard Martineau reprochait à « la droite » d’être froide et de manquer de sentiment. Selon lui, si la droite veut être moins marginalisée, « elle doit lâcher les théories abstraites et les discours dogmatiques pour montrer qu’elle a le sort de TOUS les Québécois à cœur. » Ce raisonnement est faux à plusieurs égards.

Premièrement, la dichotomie gauche-droite suppose un univers unidimensionnel. Ce n’est évidemment pas le cas. Ce vidéo résume très bien cette fausse division du monde. En effet, les problèmes importants de « gauche » (permettre le mariage gay, salaire minimum) et de « droite » (moins d’impôts, libre-échange, prière à l’école imposée) pourraient être regroupés dans deux nouvelles catégories qui ont plus de signification : plus de liberté (mariage gay, moins d’impôts, libre-échange) et moins de liberté (prière à l’école imposée, salaire minimum). Et ces problèmes peuvent eux-mêmes être divisés de façon économique et sociale. Donc, plutôt que de placer les gens sur un seul axe horizontal, on peut les placer sur un plan cartésien. À ce sujet, Hitler et Staline aurait sans doute eu leurs différends sur l’économie. Mais socialement, ils auraient été les meilleurs amis du monde. D’ailleurs, selon le test, je suis à 5,15 (plus de libertés économique) et -4,97 ( plus de libertés sociales). Je suis de gauche ou de droite?

Ainsi, l’appellation « gauche » ou « droite » ne tient plus. D’ailleurs, « la gauche » et « la droite » suppose que tout le monde rentre dans l’un ou l’autre des moules. N’en déplaise à Richard Martineau, le « nous » collectif n’existe pas. Une société ne sera jamais plus que les individus qui la compose. « Les Québécois » sont quelque sept millions d’individus, pas une société homogène. Parler de nous sous-tend (presque) toujours des risques de débordements, et la Belle Province n’en a pas été exempte. Pensons juste à toutes ces lois linguistiques qui empêchent les entreprises de faire ce qu’elles veulent avec leur affichage ou les parents de choisir l’école qu’ils veulent pour leurs enfants – les péquistes flirtent avec l’idée de pousser les interdictions au-delà du secondaire –, ou même l’achat des compagnies d’électricité par Jean Lesage parce que « nous » avions besoin de développer la province (ce qui a créé un monstre d’inefficacité).

Laisser l’humanité s’harmoniser par elle-même

Cependant, pour les besoins du reste de cet article, supposons que l’humanité tombe effectivement à gauche (plus d’intervention du gouvernement dans l’économie) ou à droite (moins d’intervention du gouvernement dans l’économie). Selon Martineau, le succès de la gauche vient du fait qu’elle a réussi à vendre le rêve.

Et c’est effectivement la seule chose à laquelle elle est bonne : vendre le rêve, l’illusion. Frédéric Bastiat est particulièrement virulent envers elle dans ses Harmonies économiques. Il a trouvé, avec justesse, que la gauche considère l’humanité toute entière comme de l’argile inerte attendant d’être passivement modelée. L’URSS a été la preuve suprême que cette affirmation est fausse. Dès que Gorbatchev a relâché un peu le joug de Moscou, les gens se sont vite précipités vers cette liberté nouvelle.

Au travers de ces modèles artificiels, Bastiat a remarqué une autre constante : la gauche projette d’éliminer la souffrance. Cela va rejoindre Martineau, qui cite le chroniqueur David Descôteaux : « Le plus grand succès de la gauche est d’avoir fait passer les gens de droite pour des sans-cœur. » Il faut dire que la gauche a la tâche facile dans le domaine du monopole de la vertu. Elle y va de nombreux sophismes qui peuvent facilement berner le citoyen moyen, surtout si ces insanités sont constamment répétées dans les médias. Notamment, elle affirme que, puisque les humains souffrent quand ils sont laissés à eux-mêmes, nous devons intervenir afin d’arrêter leurs souffrances.

Rien ne pouvait être plus ridicule. Bastiat a clairement signifié que la droite ne renie pas la souffrance. En fait, elle lui voit plutôt un rôle essentiel; sans souffrance, il serait impossible d’apprendre de ses erreurs. C’est pourquoi nous avons classifié les plantes de façon à ne pas s’intoxiquer, inventé l’assurance de façon à amoindrir le risque (quel qu’il soit) collectivement et volontairement, créé la charité privée pour venir en aide aux gens qui en ont besoin et les régimes de retraite et d’assurance-emploi pour ne pas être en difficulté le jour où nous manqueront de revenus, etc. Certains ne pourront pas en profiter, c’est vrai. Mais dans un monde minarchiste, ils sont peu nombreux.

Par contre, quand la gauche vient et intervient avec son grand cœur, elle augmente la souffrance plutôt que de la diminuer. Pensons

  • au salaire minimum, qui diminue le nombre de personnes qui travaillent – augmenter un prix, fût-ce celui de la main-d’œuvre, diminue sa demande.
  • aux prix plafond (loyer, et peut-être bientôt essence), qui augmente artificiellement le prix des denrées touchées, ce qui cause une pénurie. C’est peut-être pour éviter une telle situation que Winnipeg a décrété un congé de 20 ans de prix réglementés pour tous les appartements construits après 2005.
  • aux prix plancher (lait, essence), qui augmente artificiellement le prix des denrées touchées. Oh, les producteurs de lait et les détaillants indépendants d’essence sont ainsi protégés, mais le 99 % de la population restant doit en payer le prix. En 2008 en Saskatchewan, le quatre litres de lait coutait 1,40 $ moins cher qu’au Québec!
  • aux impôts progressifs. Dans ce système injuste, plus une personne gagne d’argent – et donc, peut-on supposer, plus elle est travaillante ou occupe un emploi fortement en demande –, plus elle se fait voler légalement par le gouvernement. Les personnes sont ainsi donc encouragées à aller ailleurs, à travailler moins ou à carrément défier ce hold-up sanctionné par la loi par la fraude.

La liste pourrait descendre encore plus. Mais la preuve est faite que les sans-cœur – ou plutôt, l’inconscience du mal fait – se trouve à gauche.

Les mensonges finiront par périr

En conclusion, pour avoir du succès, la droite doit continuer sur la même voie, soit exposer au grand jour les failles du modèle gauchiste. Plus il sera passé au peigne fin, plus on trouvera des poux et des lentes. Les électeurs se rendront ainsi compte que la gauche n’a pas du tout son bien-être à cœur et que ses illusions ne passent pas l’épreuve des faits. Espérons toutefois qu’ils s’en rendent compte avant que l’on fonce dans le mur, qui approche à toute vitesse.

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