L’université est un monde merveilleux. Elle permet de s’ouvrir l’esprit à un univers infini de connaissance, de rencontrer des gens de partout dans le monde et de former toute sorte d’association avec des gens qui pensent comme nous. Malheureusement, ce dernier droit semble être sujet à des règles très tordues …

En effet, plusieurs université au pays semblent s’être unies pour limiter la liberté d’expression à des niveaux « acceptables ». L’Université Carleton en Ontario est la dernière à empêcher les groupes dits pro-vie à manifester sur son campus; des gens ont même été arrêtés. Tout cela parce que Carleton Lifeline a violé cette obscure politique anti-discrimination de l’association étudiante : « toute promotion, distribution, sollicitation, affichage, événement, etc. qui vise à limiter le droit des femmes à choisir ses options en cas de grossesse ne sera pas permis ». Cette même association, dans ses politiques internes, dit condamner le sexisme et la xénophobie et ne pas supporter les groupes promouvant la haine et la discrimination. Cela ne semble pas empêcher plusieurs associations de cette Université d’endosser une campagne de boycott contre Israël, seule véritable démocratie à plus de 1000 km à la ronde en Asie ou en Afrique.

Israël, cette indésirable

Parlant de l’État hébreu, supporter ce dernier peut être dangereux. L’an dernier, l’Université de York à Toronto a fait annuler une conférence pro-Israël sur son campus … tout en laissant libre cours à la semaine de l’apartheid israélien la semaine d’après. B’nai Brith, une association militante juive, semble même suggérer que les administrateurs des universités n’ont tout simplement pas de colonne face aux groupes extrémistes de gauche et anti-Israël.

Pourtant, les groupes pro-Israël ne cause jamais de violence ou de débordement. Néanmoins, ils ont à assumer les frais de sécurité de leurs conférences et activités. Par contre, plusieurs groupes et activités anti-Israël qui ont/avaient le potentiel de dégénérer en violence n’ont jamais eu de frais de sécurité à payer. Logiquement, ce sont donc les anti-Israël qui devraient être censurés à cause de la violence qu’ils causent. Mais agir de la sorte serait naturellement vu comme de la censure et plus de violence s’ensuivrait. Alors c’est plus facile de censurer les groupes marginaux qui ne font pas de bruit …

Le point culminant d’une éducation aseptisée?

C’est dans cet esprit qu’Ann Coulter, controversée commentatrice conservatrice des États-Unis, a été contrainte d’annuler son discours à l’Université d’Ottawa (UO). Cela a sans doute réjoui François Houle, vice-président de l’UO, qui avait averti Mme Coulter de modérer ses propos, à défaut de quoi elle pourrait faire face à des poursuites criminelles pour discours haineux. Et cela a dû décevoir les membres d’un groupe Facebook qui appelait, selon les mots d’Ezra Levant, à une émeute.

D’un certain point de vue, cela n’est pas surprenant. Dès notre tendre enfance, l’école nous enseigne à être gentil, à accepter tout le monde, bref à être des automates qui gobent le discours égalitariste qui prévaut, au Québec et ailleurs. Ce n’était qu’une question de temps avant qu’une trouble-fête comme Mme Coulter, qui suggère aux musulmans de prendre des tapis volants ou des chameaux pour leurs déplacements plutôt que l’avion, ne viennent violer la conscience des « equity officers » dans les bureaux des rectorats.

Même si cela n’est pas surprenant, un tel précédent est dangereux. Si l’on censure untel aujourd’hui à cause de la controverse, qui est-ce qui empêche les autorités de censurer untel autre pour d’autres raisons? Si le fait que certains discours doivent être censurés parce qu’ils dérangent certaines sensibilités, alors j’exige que l’on censure sur-le-champ tous les groupes keynésiens, communistes, altermondialistes, écologistes, bref tous ceux qui ont une dent contre le capitalisme parce que je trouve offensant que l’on questionne le meilleur système économique au monde. Il faudra aussi censurer tous les groupes religieux, regroupements dont la plupart de leurs livres sacrés appellent à la haine et à la discrimination. Enfin, on doit interdire le rap; en plus d’être la pire abomination sonore de la planète, ce style de musique réussit à creuser le fond du baril qu’il avait atteint depuis longtemps en terme de vulgarité.

Un monde platte à mort

Comme vous le voyez, il est très facile de trouver quelque chose qui peut déranger quelqu’un. En fait, on pourrait facilement qualifier ces personnes, « qui cherchent à rallier par la menace, le mépris », de terroriste (selon le Petit Robert 2007). S’il fallait que les universités prennent ce chemin, alors bien peu de personnes auraient le droit de parler, même dans le monde scientifique – pensons seulement à toutes les théories qui ont cours en physique pour expliquer l’univers. Elles failliraient donc à leur tâche d’éduquer la société et deviendraient franchement soporifiques.

En conclusion, peu importe ce que vous pensez des groupes anti-avortement, pro-Israël ou qui disent des choses trop dérangeantes, vous devez au moins reconnaître le droit de s’exprimer. « Si vous êtes en faveur de la liberté d’expression, c’est que vous acceptez les points de vues que vous détestez », disait Noam Chomsky. Et il a raison : ne permettre aucune dissidence, c’est du totalitarisme.

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