Le ministre des Finances Wesley Sheridan a déposé son budget le 6 avril. Bien que l’Ile-du-Prince-Édouard (IPÉ) soit la plus petite province du pays, la maitrise exceptionnelle de ses finances lui permet de faire la leçon aux provinces plus riches et plus grosses.

En effet, le ministre Sheridan cite une phrase toute simple, mais infiniment sage, que les autres ministres des Finances semblent avoir oublié : « le chemin de l’équilibre budgétaire ne peut être atteint que d’une seule façon : l’augmentation des revenus doit excéder l’augmentation des dépenses ». Il applique cette philosophie à la lettre en n’augmentant les dépenses que de 1,18 %, alors que les revenus devraient augmenter de 1,95 %. L’an dernier, l’augmentation des revenus a été de 2,8 %, alors que celle des dépenses a été de 0,6 %.

Et question d’encourager les Insulaires encore plus, le gouvernement a pris certaines mesures pour soulager leur portefeuille : une réduction de la taxe sur l’essence de 0,0044 $ – l’IPÉ est la province avec l’essence la moins chère (au 1er mai à 14h) en moyenne à l’est de l’Outaouais au Québec; des baisses d’impôts totalisant 36,1 M $ et une économie de 9,9 M $ provenant du gel de l’estimation foncière des maisons. Enfin, les frais d’intérêt sur la dette ont diminué de 1,7 %.

Des petites coupures pour réaliser l’équilibre

Et avec quelques coupures dans des programmes non essentiels, les Insulaires pourraient économiser encore plus, mais surtout faire face à la diminution possible de la péréquation, qui doit être renégociée dans les prochaines années.

  • Le gouvernement n’a pas à se charger d’amoindrir les risques inhérents à l’agriculture. Même si cette dernière occupe une porte partie de l’économie de l’IPÉ, elle n’a pas à recevoir de protection spéciale. Cette aide n’est qu’une redirection artificielle des capitaux; on n’en crée pas par cette opération. Charlottetown économiserait ainsi 14,8 M $
    • Il n’a pas à apporter de l’aide pour aider les agriculteurs à innover non plus. À cœur vaillant, rien d’impossible, comme on dit. L’appât du gain suffit pour inciter les agriculteurs à se trouver de nouveaux débouchés, de nouvelles techniques de production et expérimenter de nouvelles cultures, ou même pratiquer une agriculture plus « durable ». Charlottetown économiserait ainsi 3,58 M $.
  • Le gouvernement n’a pas à se mêler de prêts personnels. Plus de 786 000 $ sont données annuellement à la PEI Lending Agency, qui prête aux particuliers de tous les secteurs de l’économie. S’ils ont confiance en leurs capacités, pourquoi l’État devrait les aider?
  • Pourquoi serait-ce au gouvernement de dépenser les impôts pour promouvoir la province dans le monde? L’information sur la province est accessible à n’importe qui se donne la peine de fouiller un peu sur le Web. Sans compter que Lucy Maud Montgomery est une excellente ambassadrice! Charlottetown économiserait ainsi 5,59 M $.
  • Le gouvernement n’a pas à dépenser d’argent pour aider ses citoyens à économiser de l’énergie. La perspective d’économiser de l’argent en se procurant des électroménagers plus efficaces ou en isolant mieux sa maison devrait suffire pour que les Insulaires prennent l’initiative par eux-mêmes. Charlottetown économiserait ainsi 1,67 M $.
  • Il n’est pas de la responsabilité du gouvernement de gérer des terrains de golf. Oui, vous avez bien lu : il y a des terrains de golf qui appartiennent au gouvernement! En les privatisant, Charlottetown économiserait 5,08 M $.
  • Plutôt que de venir en aide directement aux entreprises comme on le fait présentement – incitatifs fiscaux, aide au démarrage et au développement, développement communautaire –, Charlottetown devrait plutôt songer à diminuer ses impôts. Après tout, le Manitoba est une zone franche pour les petites entreprises et les investissements en capital; l’IPÉ ne doit pas le négliger. Retirer cette aide ferait économiser plus de 20,7 M $.
  • Finalement, pour pouvoir générer des surplus, Charlottetown devrait cesser de s’occuper de logement. La plupart du temps, lorsqu’on manque de logement (abordable ou non), c’est à cause de régulations gouvernementales : prix plafond pour le loyer, augmentation maximale du loyer, taxation foncière désavantageuse, etc. Libérer les Insulaires de se carcan leur ferait économiser 13 M $.

Donc malgré ce manque de volonté de la part de Charlottetown d’abolir des programmes non essentiels, l’IPÉ se retrouver néanmoins dans une position enviable. Contrairement à la majorité des juridictions occidentales, ses dépenses augmentent moins vite que ses revenus. Et en osant adopter un régime de taxation plus équitable – l’exemption de base est parmi les plus basses au pays, le palier d’impôts maximal s’applique à des revenus supérieurs 64 000 $ et est parmi les plus élevés – la province pourrait être connue pour plus que ses pommes de terre!