La ministre des Finances Rosann Wowchuck a déposé son budget le 12 avril dernier. Bien qu’elle ait réussi à maintenir un contrôle exemplaire dans les dépenses administratives des ministères, plusieurs autres dépenses sont absolument hors de contrôle.

En effet, pour 2011-2012, on prévoit que les dépenses augmenteront en moyenne de 4,9 % par rapport au budget précédent. Il y a toutefois des ministères qui connaitront des augmentations encore plus grandes (je ne mets que les plus grosses) : logement et développement communautaire augmentera de 15 %; entrepreneuriat, formation professionnelle et commerce, de 8 %; vie saine, jeunesse et ainés, de 7 %; et justice, de 6,9 %. Si les prévisions très optimistes de hausse des revenus – 5,4 % par rapport au dernier budget – se réalisent, alors la catastrophe pourrait être évitée. Toutefois, cette hausse des revenus suppose une hausse très … substantielle des revenus de l’impôt de 18 %.

La hausse substantielle de l’immigration aidera sans doute dans les prévisions – le fédéral veut même la limiter tellement la province est populaire. Mais avec un système d’impôts pour les particuliers peu favorable, c’est à ce demander si les nouveaux arrivants dans la province de Louis Riel demeureront longtemps. En effet, le Manitoba a le 3e palier d’impôt le plus élevé au pays à 17,4 %. De plus, ce palier est imposé après 67 000 $ de revenus; en comparaison, la Nouvelle-Écosse impose son avant-dernier palier d’imposition (17,5%) après 93 000 $, tandis que la Saskatchewan a son palier le plus élevé (15 %) pour les revenus supérieurs à 115 300 $. D’ailleurs, les documents budgétaires montrent clairement qu’une famille de quatre personnes avec deux revenus est la 2e plus imposée du pays après le Québec.

Un avantage artificiel

Ces mêmes documents clament toutefois que le cout de la vie au Manitoba est plus bas, notamment grâce aux couts des commodités (électricité, loyer). Oui, certes, ces couts sont bas, mais on oublie de dire qu’ils le sont par l’intervention du gouvernement. Comme au Québec, cela augmente artificiellement la demande, créant des pressions à la hausse sur les prix. Dans le cas du logement, le taux d’inoccupation est à 1 %, bien en-dessous du taux d’équilibre de 3 %. De plus, les hausses du prix du loyer étaient plafonnées à 2,5 % en 2009. Heureusement, les nouvelles constructions (depuis 2005) sont exemptées pour 20 ans; cela explique donc pourquoi il se construit autant d’appartement dans la Ville des Rivières. Ce détail semble avoir échappé au professeur Grant.

Quant à l’électricité, son cout de production risque fort d’augmenter à cause de la ligne Bipole III. Parce que le gouvernement tenait à sauver une forêt, il a allongé cette ligne de transmission de 500 km. Les couts supplémentaires engendrés sont estimés à un milliards $.

Des dépenses inutiles

En plus de subventionner le loyer et l’électricité, le Manitoba dépense des sommes faramineuses dans des domaines qu’il ne devrait. En éliminant certains de ces postes budgétaires, le déficit serait complètement résorbé!

Il y a tout d’abord les éternels subventions à l’agriculture. Plus de 210 M $ sont ainsi dépensés en aide de toute sorte, de la stabilisation des revenus à l’aide au développement, en passant par le soutien d’entreprises familiales. Pourquoi Winnipeg dépenserait autant d’argent – notre argent – pour venir en aide à une catégorie de personnes plutôt qu’à une autre? Cet argent est détourné d’endroits où il serait mieux investi, c’est-à-dire le marché le décide. Seuls les particuliers, principaux acteurs du marché, ont la responsabilité de prendre des risques et d’en récolter les fruits s’ils ont du succès.

Il y a aussi plus de 48 M $ qui sont dépensés dans la « culture ». Encore une fois, pourquoi le gouvernement devrait-il aider ce domaine plus qu’un autre? Oui, l’Histoire est importante, mais des gens privés peuvent facilement tenter d’acheter des lieux dits historiques, par exemple les ruines de la cathédrale de Saint-Boniface, et en faire un lieu de visite à but lucratif. Quant aux autres artistes – chanteurs, peintres, écrivains –, s’ils ont confiance en leur produit, alors ils n’ont pas à craindre la concurrence de l’extérieur. Après tout, Gabrielle Roy a commencé sa carrière à une époque où il n’y avait pas de ministère de la Culture.

Enfin, il y a les services d’intégration communautaires des personnes handicapées. Puisqu’il n’existe plus de lois discriminatoires à leur égard, doit-on vraiment dépenser près de 249 M $ pour les intégrer au marché du travail? Oui, plusieurs peuvent être encore discriminées, mais il y a sûrement des employeurs dans cette vaste problème qui voudraient leur donner une chance. Je me rappelle au collège qu’un homme, souffrant visiblement d’une déficience mentale, ramassait les déchets et le recyclage un peu partout dans l’édifice. Même s’il faisait parti d’un programme, il est la preuve que des personnes handicapées peuvent facilement travailler et gagner leur vie honnêtement.

Quelques bons coups

Tel que mentionné dans l’introduction, le gouvernement Selinger a maintenu un contrôle exceptionnel dans la hausse des dépenses administratives de ses ministères. Quand elles ne sont pas gelées, elles augmentent moins vite que l’inflation. D’ailleurs, les salaires de la fonction publique manitobaine seront gelés pour les prochaines années.

De plus, le Manitoba est une des meilleures provinces pour faire des affaires. L’impôt des petites entreprises a été supprimé, de même que l’impôt sur le capital. Les entreprises peuvent donc investir beaucoup avant de devoir payer quelque chose au gouvernement.

Enfin, les gens qui veulent prendre leur retraite – et qui n’ont pas peur du froid! – ne devraient pas négliger la porte d’entrée des Prairies. En effet, le taux d’imposition pour une personne seule est le plus bas au pays, et celui des couple, le 3e plus bas.

En mauvaise position

Malgré un contrôle jaloux des dépenses administratives des ministères, le gouvernement Selinger se place en bien mauvaise posture pour les prochaines élections. Les dépenses sont hors de contrôle, et les Manitobains continuent à être parmi les plus imposés du pays, et à des revenus bien bas. S’il veut reconquérir le cœur de ses citoyens, M. Selinger aura avantage à utiliser plus frugalement l’argent de ses concitoyens.

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