Les travailleurs canadiens de l’automobile section Québec, comme la plupart des syndicats, sont des gens qui veulent notre bien. Profitant de leur poids démesuré sur l’économie du Québec, ils se permettent d’y aller de suggestions toutes plus « utiles » les une que les autres. Leur dernière : nationaliser toute forme d’énergie au Québec. « Nous réclamons que le gouvernement du Québec nationalise « toute forme de production énergétique« , incluant l’énergie éolienne. Votre gouvernement se dit favorable à la création de richesse. Notre syndicat est aussi favorable à la création de richesse. La véritable question est donc la suivante : À qui doit profiter cette richesse? », réclament les TCA au gouvernement Charest. Le parti de ce dernier est, après tout, le grand architecte de la Révolution tranquille, qui nous a sorti de la « Grande noirceur ». « Nous sommes alors passés d’une société asservie à une société qui ne réclamait rien de moins que d’être « Maître chez nous » », ajoutent-ils.

La grande lumière libérale

La période avant 1960, surtout sous Maurice Duplessis, est qualifiée par l’Histoire de « Grande Noirceur ». Il est vrai que ce n’était pas une époque glorieuse pour les libertés individuelles : le gouvernement, par sa loi du cadenas, pouvait mettre faire fermer tout local accusé de propager le communisme, et bien souvent le syndicalisme; la corruption duplessiste était endémique, et l’achat de vote se faisait au grand jour; enfin, la liberté d’expression et de religion, particulièrement pour les témoins de Jéhovah, étaient loin des idéaux du siècle des lumières.

Par contre, côté économique, le Québec avait rarement aussi bien performé. En effet, Libéraux et Conservateurs/Unionistes étaient des apôtres strict du libéralisme; L-A Taschereau trouvait même que le New Deal de Roosevelt frôlait le communisme! Cela avait créé un climat idéal pour les affaires, et la croissance économique était au rendez-vous. D’ailleurs, en 1953, le Québec avait, sans compter le Canada, le deuxième revenu par habitant le plus élevé par habitants après les États-Unis! Sans compter que les gouvernements ne dépensaient pas plus qu’ils n’avaient de revenus. À ce sujet, Duplessis n’a pas commis un seul déficit en 15 budgets.

Toutefois, plusieurs personnes mentionneront que les francophones ne participaient pas à l’économie de la province et que les politiciens nous ont vendu à des entreprises étrangères. Certes, les dirigeants d’entreprise parlant le français se comptaient sans doute sur les dix doigt de la main. Mais tel que montré plus haut, ce n’est pas parce qu’ils n’en avaient pas l’opportunité! En fait, le manque d’entrepreneuriat francophone s’expliquerait plutôt par cette tendance que les entrepreneurs avaient de vouloir rester petit, de ne pas dépasser une certaine frontière sociale ou familiale. Les gouvernements n’avaient donc d’autres choix que d’encourager le capital étranger, puisque celui à la maison était insuffisant.

Une (non) Révolution

Avec l’élection de Jean Lesage en 1960, le visage du Québec a changé … mais pas nécessairement pour le mieux. En fait, l’économiste Jean-Luc Migué affirme que plusieurs des nombreux retards économiques accumulés par la province peuvent être retracés à partir de la Révolution tranquille.

Et de toute façon, cette « révolution » n’a absolument rien de révolutionnaire. L’interventionnisme de l’État, mis en place pour acheter la faveur populaire, peut être retracé jusqu’à la chancellerie d’Otto Von Bismarck dans les années 1880 en Allemagne. Avec un programme comme les pensions de vieillesses – qui ne duraient pas longtemps, à cause d’une espérance de vie moins grande –, Bismarck a voulu calmer quelque peu le peuple, qui ne jouissait pas de libertés.

Lesage et tous les gouvernements subséquents ont utilisé le même schème : voulant s’accaparer le vote des baby-boomers, très nombreux, jeunes et donc moins riches, ils ont mis en place un État providence des plus gigantesque. Santé, éducation, travail, ressources naturelles : presque tous les sphères de la vie étaient touchés par le gouvernement. Les Québécois ont ainsi donné raison à Frédéric Bastiat car ils vivent désormais au crochet de l’État, semblant incapable de faire quoique ce soit dans ce dernier. Si c’est ça être maitre chez nous, plutôt redevenir « esclave » des intérêts étrangers!

Les entreprises d’État, symbole d’inefficacité

Dans le document cité en introduction, les TCA affirment que Hydro-Québec, le monopole de l’électricité au Québec, est le paroxysme des réussites collectives au Québec.

Paroxysme? Réussite? Le premier dividende versé par la société Id’État fut en 1981. En d’autres mots, si HQ avait été une entreprise privée, elle n’aurait presque pas fait de profits en 20 ans d’existence! Aussi, si la société d’État avait vendu toute son électricité aux prix du marché, elle aurait fait au moins 240 M $ de plus de revenus en dollar de 1988. Les bons du Trésor fédéraux ont rapporté plus que les obligations de HQ! Enfin, les récentes constructions de barrages, qui ont souvent dépassé le cout d’origine, ont causé des surplus d’électricité, ce qui réduira la rentabilité des projets. Les contrats avec les États-Unis seront donc moins lucratifs. Pour la réussite, on repassera.

On repassera aussi pour son efficacité. En 40 ans, le nombre d’employés, réguliers ou temporaires, a presque doublé. Selon l’Institut économique de Montréal, c’est presque 78 % plus d’employés en moyenne par client que 10 entreprises américaines de taille comparables. Toujours selon l’IEDM, assainir les finances de HQ pourrait faire économiser jusqu’à 1 G $ par année à la société d’État!

Malgré tout ça, plusieurs me diront que grâce à Hydro-Québec, des dirigeants francophones ont pu faire leur marque. Ils auraient sans doute pu faire leur marque sans Hydro-Québec s’ils n’étaient pas restés assis sur leurs lauriers. De plus, je me demande : pourquoi TOUS les dirigeants d’Hydro-Québec, au conseil d’administration et à la direction générale, sont des francophones? Serait-ce parce que les anglophones ne sont pas compétents? Est-on en train de répéter ce que l’on reprochait aux anglophones?

La richesse profite déjà à tous

En conclusion, j’espère que le gouvernement Charest ne répondra pas au chant des sirènes des TCA. Le Québec est déjà assez endetté – au 5e mondial, selon les calculs de l’OCDE – qu’il ne peut pas se permettre d’étendre ses tentacules encore plus. De plus, considérant l’apparente inefficacité d’Hydro-Québec, je vois mal comment il pourrait gérer un nouveau pan d’énergie.

Et n’en déplaise aux TCA, la « création de richesse » profite toujours à tous. En effet, quand une nouvelle entreprise est créée, elle achète et produit des biens et services, elle embauche des gens, paie des impôts, etc. Oh, c’est vrai que les revenus ne sont jamais distribués également. Mais comme je l’ai déjà montré, une plus grande distribution des revenus, et donc un coefficient Gini plus bas, est généralement synonyme de pauvreté. Si un Gini bas était un gage de bonheur et de succès, alors les Cubains ne risqueraient pas leur vie pour aller vers les États-Unis.