Le ministre des Finances Dwight Duncan a déposé son budget annuel le 29 mars dernier. Malgré les quelques mesures authentiques qu’il a prises pour augmenter la compétitivité de sa province, il risque fort de la handicaper à long terme en ne réglant pas plus vite le déficit.

En effet, ce dernier se chiffre à 16,7 G $ pour l’année fiscale qui vient de se terminer. Il a beau être inférieur de 3 G $ aux prédictions de l’année précédente, il demeure quand même important, soit 2,7 % du PIB. Et l’an prochain, on ne prévoit le diminuer que de 400 M $, soit une diminution d’à peine 2,4 %. Les mesures citées dans le budget pour diminuer les dépenses gouvernementales – fusion d’organismes, diminution de l’utilisation du papier et du nombre d’imprimantes, moins de déplacements des fonctionnaires – sont bien timides à-côté des mesures qui ont le potentiel d’augmenter la dette encore plus.

Forcer l’écologie

Plusieurs de ces mesures visent à rendre la production d’énergie en Ontario plus « verte ». Malgré l’absence d’une définition claire pour ce terme, utilisons comme point de référence une moins grande production de CO2 (commun au solaire, à l’éolien, à l’hydroélectricité et au nucléaire). Et qui dit CO2 dit inévitablement usine à charbon. Le gouvernement McGuinty veut fermer celles qui sont encore ouvertes d’ici 2014. Quand on regarde les statistiques et les couts reliés à la mise hors service de ces usines, on se demande bien pourquoi …

En effet, l’impact environnemental des usines à charbon modernes n’est pas l’apocalypse qu’on leur attribue. Les statistiques disponibles montrent que les polluants fréquemment associés aux usines à charbon (oxydes d’azote, oxydes de soufre, plomb) étaient, en 2004, nettement au-dessous des normes acceptables d’Environnement Canada et des niveaux enregistrés dans les années 60-70. Fait intéressant : aux États-Unis, les émissions de particules fines naturelles étaient plus de 100 fois plus élevées que celles en provenance des usines à charbon. Comme il y a moins de telles usines au Canada, alors la rapport est sans doute plus élevé. Aussi, à supposer que le respect du Protocole de Kyoto soit vital pour le Canada, la fermeture des usines à charbon ne fera aucun changement au niveau planétaire, surtout pas avec l’ouverture quasi hebdomadaire d’usines à charbon en Chine.

De plus, le cout d’une conversion aux autres formes d’énergie ne peut qu’être très cher. En 2005, le mégawatt de charbon coutait environ 46 $, contrairement à 89 $ pour l’hydroélectricité et 108 $ pour les autres formes d’énergies (gaz, pétrole, nucléaire, etc.). Le prix de ces dernières sera appelé à exploser dans les prochaines années avec les besoins de remise à neuf des usines nucléaires, avec la forte instabilité du marché du pétrole, mais aussi avec l’arrivée anticipée des énergies « renouvelables » comme le solaire et l’éolien. Pour connaître ce qui attend l’Ontario, on n’a qu’à regarder l’Espagne. Elle est l’archétype de ce qui arrive quand on veut trop pousser les énergies « vertes » : les prix de l’électricité augmentent en même temps que les déficits, ce qui fait fuir les entreprises énergivores. Considérant leur nombre imposant en Ontario – pensons juste à l’automobile –, une telle mesure hypothéquerait encore plus la province. Petite mention : il faudrait entre 8 000 et 12 000 éoliennes pour remplacer toutes les usines à charbon existantes. Imaginez un peu l’hécatombe aviaire que cela créerait.

Des mesures et des emplois très couteux

En plus d’y aller de mesures énergétiques inefficaces et très couteuses, le gouvernement McGuinty dépense également l’argent des contribuables dans des domaines où il ne devrait pas, notamment l’automobile et l’agriculture.

Dans le premier cas, cette aide devient un peu comme le Stade olympique de Montréal : un éléphant blanc. Chrysler a déjà fait faillite deux fois dans l’espace la vie de ma sœur (30 ans). Je prédis que Chrysler et/ou GM feront encore faillite d’ici 25 ou 30 ans, puisqu’ils savent que les gouvernements vont les sauver peu importe ce qui arrive. Mais ces derniers devraient les laisser mourir. Oui, ça va faire mal pour un temps, et le chômage sera élevé. Mais après quelques années, des entrepreneurs auront vite fait d’engager ces travailleurs hautement qualifiés, ou ces derniers auront déjà trouvé un emploi ailleurs. L’aide des gouvernements ne fait que retarder l’inévitable, et elle est plutôt chère. En effet, 245 M $ de fonds publics (ou 306 250 $ par emploi) ont été dépensés pour l’usine de St. Catharines et 96 M $ (ou 320 000 $ par emploi) pour celle d’Ingersoll, pour ne nommer que ces octrois.

Dans le second cas, l’aide publique est tout aussi injustifiée. En effet, pourquoi les agriculteurs devraient-ils bénéficier de deniers publics – 1,9 G $ depuis 2003 – pour stabiliser leur revenu? Pourquoi pas les mineurs? les bûcherons? les banquiers? De plus, pourquoi le gouvernement devrait-il gérer un programme de gestion du risque – on veut maintenant couvrir les éleveurs bovins, porcins et ovins? Si les agriculteurs veulent prévenir le risque de leur métier, ils peuvent très bien se cotiser entre eux et/ou déléguer une compagnie pour le faire à leur place. Comme le faisait remarquer Frédéric Bastiat : les Anglais, avant tout autre peuple, ont appris à créer eux-mêmes à créer des fonds de sûreté pour prévenir les risques et les années maigres, dans le cas de l’agriculture. Le seul rôle du gouvernement était de veiller à ce qu’aucune fraude ne se produise. Bastiat affirme même que cette autonomie a conféré aux Anglais un certain prestige. Pourquoi ce qui était valide en 1850 ne le serait pas en 2011?

Devenir plus compétitif

Le ministre Duncan avait quand même quelques mesures positives dans son budget qui stimuleront vraiment l’économie, particulièrement pour les entreprises.

Tout d’abord, l’instauration de la taxe de vente harmonisée (TVH) permettra d’éliminer une foule de dédoublements existants, qui s’élèvent présentement à 4,5 G $ pour les entreprises – le gouvernement aussi y trouve son compte en économisant 100 M $ et 1200 fonctionnaires. L’élimination de la taxe sur le capital, quant à elle, fera économiser 1,6 G $ de plus. La réduction de la taxe scolaire, quant à elle, fera économiser un autre 540 M $ aux entreprises quant elle sera complétée. Finalement, le taux général d’impôt des sociétés descendra à 12 %, le même qu’en Colombie-Britannique et au Nunavut – les Territoires du Nord-Ouest sont à 11,5 %.

Les PME sont aussi choyées de quelques autres avantages. Leur taux d’imposition sera ramené à 4,5 %, l’un des plus bas taux au pays. Elles n’auront plus à payer la surtaxe sur les déductions d’ici peu. Et elles paieront la moitié moins de taxes sur leurs nouveaux investissements.

Des choix difficiles, mais éventuellement nécessaires

Malgré ces bonnes nouvelles, les perspectives sont assombries par la ferme volonté du gouvernement de maintenir les services publics tels qu’ils sont. L’intention est noble, mais cela pourrait devenir intenable à long terme.

En effet, le ministère de la Santé accapare déjà 40 % du budget, et cette proportion devrait augmenter à 43 % d’ici 2013-2014. Pour économiser dans se secteur, l’Ontario aurait avantage à imiter la Saskatchewan et le Québec, qui tous deux une porte au privé. Les gens peuvent ainsi se faire soigner plus vite, et le gouvernement économise en bout de ligne.

Publicités