Le ministre des Finances Ken Krawetz a déposé un autre budget équilibré le 23 mars dernier. Bien que les revenues continuent d’augmenter de façon impressionnante, « l’avantage saskatchewanais » demeure précaire.

En effet, les dépenses du gouvernement Wall sont encore plus incontrôlées qu’au Québec. Elles ont, dans leur ensemble, ont augmenté de 5,5 % par rapport à l’an dernier. Les ministères de la Santé, de l’Éducation et des Services sociaux, quant à eux, ont connu les plus fortes augmentations, soit respectivement 6,2 %, 9,1 % et 8 %. À plus de trois fois l’inflation de 2,2 %, ce plan de dépense est une recette vers la catastrophe et l’inflation. L’affirmation que « le gouvernement devient plus petit et plus efficace » est donc douteuse.

De plus, comme le NPD provincial le fait remarquer, le gouvernement a pu boucler son budget uniquement en pigeant dans la réserve d’urgence (Rainy day Fund). Considérant la hausse généralisée des produits agricoles de base – la Saskatchewan est très dépendantes des exportations –, et de la baisse de la demande qui pourrait s’en suivre, notamment pour le blé, le canola et la potasse, les revenus agricoles sont donc très incertains et la réserve d’urgence pourrait diminuer encore plus si Wall ne cesse pas sa « Grant Devinisation ».

La vraie dette

Depuis qu’il est au pouvoir, le gouvernement Wall répète que la dette a diminué. C’est vrai, la dette publique du gouvernement a diminuée depuis 2007. Mais il oublie de mentionner que les Sociétés de la Couronne (SaskPower, Sasktel, SaskEnergy et les autres), qui sont ultimement du ressort de Regina, ont aussi des dettes : 3,85 G $ en 2010. Et l’on prédit qu’elles augmenteront à 5,55 G $ en 2012, soit une augmentation de plus de 44 %! Considérant l’expansion annoncée des services sans fil de Sasktel et les salaires très généreux qu’on y offre – 22 $/h pour un représentant du service à la clientèle (à temps partiel), contrairement à une moyenne de 16,37 $/h chez Shaw et 15,10 $/h chez Access Communications –, et sans compter la demande en électricité provenant de cette hausse accélérée de la population, la dette risque d’augmenter encore plus.

Parlant d’électricité, SaskPower veut continuer de dépenser des sommes considérables dans l’énergie éolienne. Il est vrai que la Saskatchewan est une province excessivement venteuse. Toutefois, l’éolien demeure encore une source d’énergie exorbitante. En effet, la US Energy Information Administration estime que d’ici 2016, le cout moyen par mégawatt-heure d’éolien sur terre sera de près de 97 $, comparativement à 94 $ pour le charbon ou 63 $ pour le gaz naturel.

Ce n’est pas le seul désavantage de l’éolien. La rotation des hélices crée un bruit apparemment très dérangeant pour les gens qui vivent près. Et pour y remédier, on est obligé de ralentir les éoliennes après certaines heures, ce qui augmente encore plus les couts. Enfin, il ne faut pas négliger le cout de construction de générateurs du support quand les éoliennes ne fonctionne pas. Sans compter l’hécatombe aviaire produite par les éoliennes est nettement pire que celle des sables bitumineux.

Bref, un gouvernement responsable laisserait le marché et non l’agenda politique décider quelle source d’énergie est la plus rentable.

L’art d’attirer les gens dans la province

Heureusement pour Wall, le boom économique de la province continue. Le Conference Board prédit même que le Grenier du Canada va mener le pays quant à sa croissance économique. Il faut dire que le budget offre tous les outils nécessaires pour attirer plus de gens, et donc de revenus en taxes et impôts, dans la province aux cieux infinis.

Tout d’abord, l’on continue de diminuer les taxes foncières à l’éducation, particulièrement pour les agriculteurs. Cette année, le taux diminue de 0,708 % à 0,391 %, une diminution de 45 %. Le taux a diminué de 80 % pour les propriétés agricoles et de 20 % pour les propriétés résidentielles depuis l’arrivée du Parti saskatchewanais au pouvoir en 2007.

Ensuite, les familles ont un très fort encouragement de venir au milieu de la Grande Plaine puisqu’une famille avec deux enfants n’a aucun impôt à payer sur les premiers 45 500 $ de salaire, la plus haute limite au pays. Les célibataires aussi y trouvent leur compte, avec une exemption personnelle de base qui augmentera à 17 580 $ à la prochaine année fiscale, également la plus haute au pays. En comparaison, l’Alberta offrira, en 2011, 16 977 $.

Enfin, les PME ont un incitatif de plus pour s’établir dans la province de l’eau vive. En effet, leur taux d’imposition diminue de 4 % à 2,5 %, soit le troisième plus bas taux au pays. Il n’est donc pas surprenant qu’une écrasante majorité (89 %) des propriétaires de PME recommandent de se lancer en affaires en Saskatchewan, selon un récent sondage. Il ne faut pas se surprendre non plus qu’à peu près le même pourcentage (84 %) voit un avenir reluisant pour la jeunesse saskatchewanaise, contrairement à 83 % qui voyaient exactement le contraire en 2003.

Laisser plus de place au privé

Dans l’ensemble, le budget Wall est gagnant : moins d’impôts pour les entreprises et les particuliers, moins de taxes scolaires et une ambiance généralement favorable pour l’investissement. Toutefois, le premier ministre ne doit pas se laisser hanter par le spectre de Grant Devine en laissant les dépenses augmenter à un rythme aussi démesuré.

Pour l’aider dans sa situation, il aurait intérêt à privatiser, notamment certaines routes. Pour avoir sillonné la province de long en large, je peux témoigner du piètre état de plusieurs d’entre elles : la 58 entre Gravelbourg et Laflèche, la 11 à Bethune et à Dundurn, la voie d’accès de Batoche par l’Est … Comme elles sont toutes propriété publiques, le gouvernement y va par priorité – ou, le plus souvent, par opportunisme électoral. En laissant des intérêts privés s’en occuper (construction, entretien), cela libèrerait des ressources financières pour un gouvernement qui doit gérer plus de 20 000 km de routes et d’autoroutes pavées. De plus, seuls les utilisateurs de la route paieraient.

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