Le ministre des Finances Jim Flaherty a déposé son budget 2011-2012 le 22 mars dernier. Visiblement conscient que des élections s’en venaient, il y est allé de plusieurs mesures visant à acheter les votes de l’opposition. Ça n’a pas fonctionné …

Des encouragements artificiels

Plusieurs des mesures du budget Flaherty disent vouloir soutenir l’industrie pour l’aider à se sortir de la crise. L’intention est noble, mais sur le long terme, ça pourrait fort bien lui nuire.

En effet, pourquoi accorder un crédit sur l’exploration minière? Considérant la hausse de prix exponentielle de certaine ressources (or, argent, métaux rares), de même qu’une demande sans cesse grandissante d’économies émergentes comme le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine (BRIC), l’exploration se paie d’elle-même. Et advenant une chute soudaine des prix, ce sont tous les Canadiens qui en feraient les frais.

Aussi, pourquoi accorder une aide pour l’amortissement des machines dans le secteur manufacturier? Ce secteur ne s’est pas améliorée comme il se doit durant les années 90, alors que le dollar canadien atteignait les bas-fonds de sa valeur par rapport au dollar des ÉU. S’il s’était pris en main durant cette période, il serait peut-être resté concurrentiel avec des pays comme la Chine. Mais comme tout ce qui descend finit par remonter, alors l’industrie manufacturière a perdu son avantage artificiel.

Toutefois, il ne faut pas passer sous silence la volonté du budget de véritablement aider les entreprises canadiennes. La Commission sur la réduction de la paperasse permettra aux nouvelles industries de rencontrer moins de formalités pour débuter; les nombreux traités de libre-échange signé ou en négociation permettront d’ouvrir de nouveaux débouchés, en plus d’offrir plus de produits aux consommateurs; enfin, la volonté de vouloir moderniser les tarifs douaniers ne peut qu’être une bonne nouvelle. En effet, en pouvant importer plus de produits à moins de frais, les entreprises diminueront leurs couts de production, ce qui résultera en une baisse des prix pour les consommateurs.

De l’argent jeté par les fenêtres

D’autres mesures artificielles, mais aussi couteuses, se retrouvent dans le budget.

Citons d’abord cette volonté d’effacer la dette des étudiants en médecine – jusqu’à 8 000 $ par année – et ceux en soins infirmiers – jusqu’à 4 000 $ par année – pour qu’ils travaillent en milieu rural. Pourquoi devrait-on favoriser artificiellement les régions rurales par rapport aux régions urbaines, puisqu’il manque de médecins partout? Ma mère a dû attendre plus d’un an pour s’en trouver un, et elle reste dans une région de 700 000 habitants (Québec)! Qu’on laisse donc le libre-choix au personnel médical de s’établir où il veut. S’il délaisse la campagne, c’est que cette dernière n’a rien à offrir d’intéressant. Si elle veut attirer du monde, qu’elle prenne la méthode classique : des taxes foncières basses et le moins d’intervention possible dans la vie des gens.

Ensuite, mentionnons la versions canadienne du « pont qui mène nul part » (bridge to nowhere) : une route entre Inuvik et Tuktoyaktuk, dans les Territoires du Nord-Ouest, « reliant les Canadiens d’un océan à un autre ». On estime le cout de ce projet à 150 M $, mais l’on peut se poser des questions sur le cout véritable du projet. En regardant un peu l’Atlas du Canada1, l’on peut voit que ce chemin est parsemé de milliers de petits lacs, ce qui compliquera son tracé. De plus, selon Ressources naturelles Canada, le sol y est gelé en permanence, ce qui risque de rendre la construction difficile. Enfin, Tuktoyaktuk ne comptait 870 habitants au dernier recensement. Nous paierions donc plus de 172 000 $ pour chacun de ces habitants pour qu’ils aient une route praticable à l’année. Est-ce que ça en vaut vraiment le cout?

Parmi les autres projets à l’utilité douteuse : des fonds pour célébrer le centenaire de la Coupe Grey et du Stampede de Calgary – voyons voir si les Albertains sont aussi conservateurs qu’ils le prétendent; des fonds pour encourager les jeunes à se diriger dans des domaines de « l’économie numérique »; un support à l’industrie forestière de 60 M $ – plutôt injuste si l’on compare à l’industrie automobile, qui a reçu plus de 10 G $; et des fonds de revitalisation divers, dont celui des régions rurales de l’Est de l’Ontario et du Harbour Front Centre de Toronto. Qu’est-ce que le gouvernement a à faire là-dedans?

Pourquoi aider l’environnement?

Il n’y a pas si longtemps, le gouvernement conservateur affirmait, avec raison, que le respect du Protocole de Kyoto couterait trop cher au Canada. Alors pourquoi inclure des mesures, si minimes soit-elles, pour dire aux gens quoi faire?

Tout d’abord, on propose 86 M $ pour favoriser l’efficacité énergétique. Pourquoi le gouvernement utiliserait-il mon argent pour que des compagnies dépensent moins d’énergie? Le prix actuel du pétrole est un incitatif assez bon pour que les compagnies se décident à en utiliser moins. Dans la même veine, on propose une subvention de 5 000 $ pour que les propriétaires de logements et d’immeubles résidentiels améliorent l’efficacité énergétique de leurs édifices. La même question se pose : pourquoi le gouvernement veut-il utiliser l’argent des contribuables pour que d’autres contribuables dépensent moins d’énergie? Et au risque de répéter la même question, pourquoi propose-t-on 97 M $ pour « renouveler le financement de la technologie et des innovations dans les domaines de l’énergie propre et de l’efficacité énergétique »?

Une autre mesure proposée veut affecter 58 M $ « pour soutenir une série de programmes visant à aider les Canadiens à s’adapter aux changements climatiques ». Quels changements climatiques? Tout le long de mon primaire (1989-1994), on me répétait que la planète se réchauffait dramatiquement. Ensuite, très doucement, on a changé le vocable pour changements climatiques. Pourquoi? Parce que la planète ne se réchauffe pas? En fait, si tout ce qui est sorti de Climategate est vrai, alors la planète est plutôt en train de se refroidir. Alors qu’on laisse les Canadiens s’adapter aux « changements climatiques », à supposer qu’ils existent vraiment et qu’ils sont dramatiques.

La moins pire des propositions

N’en déplaise au Bloc Québécois (BQ), ce budget est loin d’être ultra-conservateur. Un « vrai » gouvernement conservateur n’aurait pas fait un si gros déficit et n’aurait surtout pas adopté autant de mesures économiquement inutiles et inefficaces.

Toutefois, force est d’admettre que c’est l’alternative la moins pire qui existe. En effet, les Libéraux propose non seulement d’annuler les baisses d’impôts aux entreprises, mais aussi de ramener leurs impôts au niveaux de 2010, soit avant les premières baisses massives. Du côté du NPD, il est évident qu’il s’oppose au budget puisqu’il n’y a pas assez de dépenses publiques. Enfin, du côté du BQ, on vote contre le budget parce qu’il ne donne pas assez au Québec. Et pour payer ces demandes, il proposait d’augmenter l’impôt des « riches ».