Le ministre des Finances Raymond Bachand a déposé son budget 2011-2012 le 17 mars dernier. Monsieur Bonheur en personne a été heureux d’annoncer tout un train de mesures visant à stimuler l’économie québécoise. Comme vous allez le constater, c’est à peine si cette dernière sera « allumée », du moins sur le long terme …

Des dépenses hors de contrôle

Tout d’abord, les dépenses du gouvernement sont totalement hors de contrôle. Le gouvernement a annoncé, lors du budget 2010-2011, que les dépenses n’augmenteraient « que de » 2,8 %. Or, les dépenses ont plutôt crûes de 3,7 %, notamment à cause de la mise sur pied de nombreux fonds spéciaux. Et en regardant de plus près, on voit clairement que d’autres ministères ont dépassé le 2,8 %, soit la Santé (3,6 %) et la Famille et les Aînés (6,1 %). Considérant que les prix ont en moyenne augmenté de 2,2 % – le gouvernement lui-même avoue qu’une partie de l’augmentation est dû à la hausse de la TVQ –, ces dépenses effrénées pourraient jouer contre le Québec. Et avec une baisse annoncée de la population active dès 2014, les ministères de la Santé et de la Famille et des Aînés sont appelés à croître considérablement dans les prochaines années.

Malgré tout, le gouvernement Charest se console en se comparant aux autres provinces, qui ont toutes (sauf la Colombie-Britannique) un rythme moyen d’augmentation des dépenses supérieur à lui.Il oublie toutefois de dire que les autres provinces ont moins de dettes. Selon l’Institut économique de Montréal (IEDM), la dette du secteur publique québécois – tout ce qui est du ressort de Québec : écoles, hôpitaux, municipalités, etc. – s’établira à près de 234,7 G $ au 31 mars. Pour un PIB aux prix du marché de 267,48 G $, cela représente un endettement de 87,7 %, soit le 5e pire de la planète.

L’avenir est donc sombre pour la cote de crédit du Québec. Déjà, Moody’s a averti que sans certains sacrifices, la cote de crédit du Québec pourrait bien descendre, ce qui augmenterait le cout des emprunts. Sur le long terme, la cote de crédit du Québec est à Aa2, deux échelons sous la cote maximale (et logique pour un gouvernement) de Aaa. Standard and Poor’s n’est pas aussi optimiste; pour cette agence de cotation, la cote de crédit du Québec est plutôt A+, quatre échelons sous le niveau maximal.

Piller la richesse

Comme tout bon gouvernement qui préfère augmenter ses revenus à diminuer ses dépenses, le gouvernement Charest a décidé de saccager un peu plus de la richesse créée par le privé.

On le dit clairement dans les communiqués budgétaires : le Québec exige maintenant, à rentabilité égale, 13 % plus d’impôt et de droits sur les mines que la moyenne canadienne et 40 % de plus qu’au Nevada et en Alaska, « deux États riches en ressources minérales ». On se vante que les entreprises minières sont plus imposées au Québec, parbleu!

Ces mesures risquent fort de s’appliquer à l’industrie naissante des gaz de schiste aussi. En effet, un taux progressif de redevance s’appliquera : plus le puits est rentable, plus il devra verser d’argent – jusqu’à 35 % des revenus pour les meilleurs. Question de berner le public, on affirme que ces redevances existent « afin que l’ensemble de la société profite de la nouvelle création de richesse » et qu’elles doivent « assurer à la collectivité une juste part des bénéfices provenant de leur exploitation, tout en garantissant une équité intergénérationnelle. »

Peu importe si la dette risque de nous submerger ou que la création de richesse profite de facto à tous; on doit, tel un vampire, sucer tout l’argent qu’on peut aux créateurs de richesse. Car chacun sait qu’il vont toujours la créer gaiement, même avec des frais élevés … Oh, et comment oublier le sophisme mercantiliste du « environ deux milliards de dollars sont dépensés par le Québec chaque année pour importer du gaz naturel en provenance de l’Ouest canadien … ces deux milliards de dollars viendraient augmenter le PIB du Québec. »

De toute façon, peu importe le nombre de sources de revenus, les gouvernements finissent toujours par en manquer, même en Alberta. En effet, la province du pétrole a, pour une troisième année consécutive, affiché un déficit budgétaire, et ce malgré un prix relativement élevé de l’or noir. Bref, si la bureaucratie gouvernementale administrait l’air qu’on respire, on en manquerait après quelques mois.

Prendre le peuple par la main

En effet, les gouvernements ne manquent jamais d’idée quand vient le temps de dépenser de l’argent durement gagné par les autres. Voici en rafale quelques mesures insensées du budget Bachand :

  • La mise en valeur des produits du bois. Parce que la ressource est moins en demande, le gouvernement a pris sur lui l’initiative d’encourager son utilisation. En utilisant notre argent, le gouvernement se permet donc de promouvoir une ressource à l’exclusion de toutes les autres. Il semble que l’embargo des ÉU sur notre bois n’a pas servi de leçon …
  • Promouvoir l’esprit entrepreneurial. Parce que le Québec n’a pas assez d’entrepreneurs, et que les entrepreneurs actuels sont massivement prendre leur retraite, il est évidemment nécessaire que le gouvernement intervienne. Plus de 350 M $ seront ainsi dépensés, alors qu‘il suffirait simplement d’alléger le fardeau bureaucratique et fiscal pour que des entrepreneurs acceptent de prendre des risques et de lancer une entreprise.
  • Promouvoir la culture. Au Québec, cette vache sacrée est chouchoutée comme pas une. Comme trop d’artistes (chanteurs, cinéastes, écrivains) sont incapables de s’autopromouvoir ici ou à l’étranger, ils ont évidemment besoin de l’État. Cette année, on propose notamment la numérisation des films à faible rayonnement et de payer pour que les petits cinémas aient accès à la technologie numérique, parce que « le gouvernement considère important de maintenir l’exploitation de salles de cinéma sur l’ensemble du territoire québécois »; la création d’un (autre) fonds, cette fois-ci pour promouvoir des projets culturels québécois à l’échelle internationale, « générant d’importantes retombées économiques au Québec »; et un octroi « pour soutenir la diffusion hors Québec des œuvres dans le domaine des arts et des lettres »;
  • Enfin, que serait un budget occidental moderne sans mesures environnementales et sociales? On veut notamment encourager joyeusement l’énergie solaire, même si des dépenses publiques dans le domaine mène inévitablement à la ruine, et construire plus de logements sociaux, même si ceux-ci sont des nids à criminels.

Laisser les Québécois se prendre en main eux-mêmes

S’il fallait que j’énumère chacune de mes doléances contre le budget 2011-2012 du Québec, j’écrirais probablement un livre de l’épaisseur du bottin de Mexico. Avec les points que j’ai retenus, vous comprenez sans doute pourquoi.

J’espère que le Québec finira par avoir un parti politique qui aura comme but d’autonomiser ses citoyens. En effet, le but principal d’un gouvernement est d’administrer la justice et la sécurité publique. TOUT le reste ne doit pas être administré par lui, du moins pas en monopole (éducation, électricité, santé). Quand ce jour-là arrivera, la Belle Province passera de la mendicité par la péréquation à puissance économique qui paie ses dettes. On peut toujours rêver … 

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