Les discussions pré-budgétaires fédérales s’échauffent! Une des grands points de discorde se situe autour de la réduction ou non (voire peut-être même l’augmentation) de l’impôt des sociétés. Les Conservateurs promeuvent la première option, la meilleure, en affirmant que hausser l’impôt des société met en péril des milliers d’emplois. Les Libéraux, qui avaient fortement diminué cet impôt dans les années Chrétien, y sont maintenant opposé, sous prétexte qu’on ne peut pas se le permettre avec un déficit de 56 milliards (G) $. C’est plutôt ironique, puisque le NPD affirme que Michael Ignaitieff était d’accord avec ces réductions pas plus tard que l’an dernier. Évidemment, le parti de Jack Layton est fortement contre de telles mesures, s’y étant très souvent opposé dans le passé.

Deux partis veulent garder l’impôt des société tel quel ou plus élevé, et un veut le diminuer. Qui a raison? Voyons voir ce qui s’est passé chez notre voisin du Sud …

Les sophismes post hoc des liberals

Pour la gauche (liberals) là-bas, les faits sont clairs : diminuer l’impôt des sociétés et des « riches » et des sociétés est très nuisible à l’économie. Ça augmente la dette, affirme-t-elle. Vraiment?

  • Dans les années 20, on a diminué le taux d’imposition maximal de 70 % à 25 %. Pourtant, les revenus du gouvernement on augmenté de 61,8 % entre 1921 et 1928. Durant cette même période, le fardeau fiscal supporté par les plus riches est passé de 44,2 % à 78,4 %. Le secrétaire au Trésor de l’époque affirmait que trop d’impôt redirigeait les capitaux vers des endroits qui ne profitent, en bout de ligne, à personne.
  • Dans les années 60, sous le président démocrate Kennedy, le taux d’imposition maximal est passé de 90 % à 70 %. Résultat : les revenus du gouvernement ont augmenté, avant inflation, de 62 %. L’impôt recueilli des « riches » a ainsi augmenté de 57 %. « Une économie alourdie par des impôts prohibitifs ne produira jamais assez de revenus pour équilibrer notre budget, ni assez d’emplois ou de profits », disait Kennedy.
  • Enfin, dans les années 80, Ronald Reagan a, sous une Chambre des représentants démocrate, accordé de gigantesque réductions d’impôts, notamment pour compenser l’inflation des années 70. Cela a eu pour effet d’augmenter les revenus du gouvernement de près de 100 % avant inflation. De plus, la contribution aux recettes fiscales du 1 % le plus riche parmi les contribuables a augmenté de 17,6 % en 1981 à 27,5 % en 1988. Pour citer un des artisans de ces diminutions d’impôt : « augmenter les impôts décourage tellement l’économie, que ce soit pour le travail pour l’investissement, que les revenus (du gouvernement) s’en voit diminués ».
    • À l’opposé, on a fortement augmenté les impôts dans les années 30, sous Hoover et sous Roosevelt. Cette décennie n’était pas … la meilleure pour le pays.
  • Une surtaxe sur les revenus du président Johnson – en plus de ne pas avoir ajusté l’exemption de base à l’inflation, ce qui fait payer plus d’impôts sans que le revenu réel n’augmente – a fait des années 70 une décennie de stagflation.
  • Une augmentation des impôts sous Bush père et sous Clinton a fait des années 90 la décennie de croissance économique la plus lente de l’après-guerre. D’ailleurs, on peut se demander si l’augmentation du déficit sous Bush ne pourrait pas s’expliquer, en partie, par cette augmentation des impôts.

Conclusion : une diminution des impôts est un gage de l’augmentation des revenus. Ce qui cause l’augmentation du déficit, c’est l’augmentation des dépenses du gouvernement. L’Irlande est d’ailleurs un excellent exemple à ce sujet. Le Huffington Post a donc commis un sophisme post hoc en supposant que les diminutions d’impôts ont augmenté le déficit.

Taxer l’effort

Malgré des preuves historiques accablantes, les liberals n’en démordent pas. Pour l’Institute of Policy Studies, il faut, entre autres, augmenter l’impôt des gens gagnant plus de 5 M $ afin de récupérer, au bas mot, plus de 105 G $.

Ça serait vrai … ceteris paribus. Prenez-moi, par exemple. Supposez que mes texte génèrent un revenu brut de 5 M $. Selon l’IPS, je devrais être imposé à 50 % de mon revenu imposable. Cela me laisserait quand même plus de 2 M $ dans mes poches.

Toutefois, il est fort probable que je diminue grandement mon effort de gagner de l’argent. En effet, pourquoi gagner un dollar si j’en perds automatiquement 50 sous? Je travaillerais donc moins, je m’incorporerais où les impôts sont moins élevés ou je trouverais des moyens légaux, ou pis, illégaux, pour contourner ces charges fiscales excessives. Maintenant, ajoutez à moi les milliers d’autres personnes et entreprises dont le revenu excède 5 M $, et vous verrez tout de suite que le gouvernement ne percevra pas 105 G $. Au contraire : comme l’Histoire l’a montré, la société en général sera perdante.

En terminant, j’espère que les Conservateurs, qui projettent une rare bonne idée économique, auront gain de cause dans la diminution de l’impôt des sociétés. Non seulement l’efficacité des stimuli est-elle douteuse – on pourrait même dire que c’est nuisible, si on se fie à la bourse, mais ces derniers déplacent l’argent du privé (là d’où viennent les impôts) vers le public, et ce dernier est incapable de créer de la richesse. Comme disait Bastiat : c’est le peuple qui fait vivre l’État, par l’inverse. Laissons les agents privés dépenser et investir leur argent où bon leur semble; ils s’enrichiront s’ils réussissent et feront faillite s’ils échouent. Ainsi va la vie …