Parmi les nombreuses inepties du discours sur l’état de l’Union d’Obama, celle sur les emplois dits verts ont retenu mon attention. « Avec les meilleurs cerveaux du domaine, et en se concentrant sur les problèmes les plus difficiles qui concernent l’énergie propre, nous financerons le projet Apollo de notre temps », a-t-il déclaré.

Ce désir ne manque pas de faire froncer les sourcils à la nouvelle opposition républicaine. Plusieurs s’inquiètent, avec raison, des couts qu’une dépense massive dans les énergies « vertes » encourrait et de la hausse fulgurante des énergies « sales » – le candidat Obama prévoyait d’ailleurs la faillite d’une personne qui voudrait construire une centrale au charbon.

L’Espagne : exemple à ne pas suivre

Pour supporter ses dires, Obama cite en exemple l’Espagne. « L’Espagne investit dans les énergies renouvelables. Elle nous devance, devenant un chef de file dans le domaine », a-t-il déclaré juste avant son investiture. Je lui accorde que le royaume de Castille est un exemple … mais à ne pas suivre.

En effet, les sommes massives investies par Madrid – puisque tout était subventionné – ont eu un effet désastreux sur l’économie du pays. Un rapport de l’Université Rey Juan Carlos a calculé que, pour chaque quatre emplois « verts » créés, neuf autres emplois étaient détruits. Aux États-Unis, cela se traduirait par une perte minimale de six à 11 millions d’emplois.

De plus, les emplois permanents créés sont minimes. À peine 10 % des emplois « verts » étaient dans l’opération directe des panneaux solaires, des éoliennes et des centrales hydroélectriques – tous les autres étaient dans la construction et l’administration. Et ces emplois ont couté cher : environ 857 000 $ CDN chacun. Ces couts ont fait fuir plusieurs entreprises énergivores, notamment la compagnie de transformation d’acier Acerinox.

En tout, ce sont près de 43 G $ CDN, 91 % des revenus autonomes du Québec en 2009-2010, que l’Espagne a dépensés entre 2000 et 2008. Inutile de dire que ces fonds auraient été nettement mieux dépensés par le privé, et aurait peut-être adouci l’actuelle crise économique dans ce pays.

D’autres gouvernements du monde, voyant probablement la catastrophe verte ibérique, ont décidé de réviser leurs politiques vertes :

  • L’Espagne elle-même, acculée au pied du mur, n’a d’autre choix que de couper ses subventions. Elle va couper de 35 % ses subventions à l’énergie éolienne et de 45 % pour les nouvelles centrales solaires.
  • La France a décidé de geler, pour quatre mois, la construction de nouvelles centrales solaires. Néanmoins, Électricité de France continue de payer dix fois les prix du marché pour l’énergie solaire, soit 748 $ CDN par mégawatt.
  • Le ministre allemand de l’Environnement refuse de garantir les subventions à l’énergie solaire en 2012. Les subventions ont déjà diminué en 2009, et diminueront encore en 2011.
  • La province de Nouvelle Galles du Sud, en Australie, a coupé par trois ses subventions à l’installation de nouveaux panneaux solaires.

Le mythe vert

L’Université de l’Illinois a produit un intéressant rapport, dissipant plusieurs mythes sur les emplois dits « verts ». Plusieurs organisations, dont la Conférence des maires des États-Unis, ne voient que des avantages aux emplois « verts » : investissements dans des nouvelles technologies, meilleure productivité, meilleure balance balance commerciale pour le pays et augmentation du revenu réel. Toutefois, le rapport estime que ces promesses ressemblent plus à une chaine de Ponzi (arnaque pyramidale).

En effet, comme ce fut le cas avec l’Espagne, les emplois « verts » ne peuvent être créés qu’avec une intervention massive du gouvernement. Et qui dit interventionnisme dit plus de taxes et d’impots, et donc une centralisation des décisions. On semble déjà avoir oublié l’échec cuisant de l’URSS …

De plus, le postulat de base sur lequel plusieurs organisations se basent, dont l’ONU – soit que le réchauffement de la planète est catastrophique ET que les humains en sont responsables – est un colosse aux pieds d’argile. Mais même si le GIEC , qui a produit le postulat utilisé par l’ONU, dit vrai, il n’en demeure pas moins que l’économie est nettement plus verte qu’il y a 60 ans. En effet, on consomme à peine 42 % de l’énergie que l’on consommait par dollar de PIB réel. Les plus vieux d’entre vous se souviendront sans doute des deux chocs pétroliers et de votre désir brulant de vous procurer une voiture moins énergivore!

Mais ce n’est pas assez pour l’ONU. Puisque la croissance économique risque de submerger les emplois « verts », il faut complètement restructurer l’économie et la façon dont est définie la qualité de vie. Malgré la diminution constante de demande d’énergie pour les véhicules et les autres secteurs de l’économie, il faut forcer la main encore plus. On veut même mettre fin à l’agriculture commerciale, qui n’est pas « verte ». Il faut favoriser l’agriculture locale et à plus petite échelle, ce qui emploierait plus de gens.

Bastiat se bidonnerait

Les plus férus en économie verront, dans les paragraphes précédents, de nombreux sophismes identifiés par Frédéric Bastiat il y a déjà plus de 160 ans.

Tout d’abord, employer plus de monde n’est PAS une source de richesse. Si tel était le cas, alors une loi interdisant l’usage de la main droite serait une source de richesse incroyable. Pensez-y : n’utiliser qu’une main emploierait deux fois plus de gens!

Ensuite, cette glorification de l’agriculture locale est un faux argument. Même si un pays était capable de tout produire sa nourriture lui-même – les États-Unis le seraient sans doute –, il ne peut pas tout produire à bon marché, et des terres non propices à l’agriculture seraient utilisées. Si l’on diminue le commerce international – le transport des marchandises pollue, après tout –, on ne peut prédire qu’un avenir de misère pour l’humanité entière. En effet, qui dit restriction du commerce dit diminution de l’offre, et donc une augmentation des prix. On sait ce qu’une diminution du commerce international a fait durant les années 30 …

Enfin, le sophisme mercantiliste de la balance du commerce est plus que périmé. Si un pays importe plus qu’il n’exporte, cela peut être dû à une foule de facteurs : monnaie nationale forte, meilleur accès à l’étranger à des ressources à bon marché, ou même une offre intérieure incapable de combler la demande. Du moment que ces importations ne se font pas à crédit – comme c’est le cas présentement aux États-Unis –, alors elles sont à l’avantage de la majorité des gens. Après tout, le but du commerce n’est pas l’accumulation de devises, comme c’était le cas avec le mercantilisme, mais bien la satisfaction des besoins de deux ou plusieurs personnes.

En conclusion, j’espère sincèrement que le pays de l’Oncle Sam ne tombera pas dans le piège « vert ». Non seulement ce terme est-il vague et mal défini, mais il se base sur des assomptions économiques qui ont montré leur faillite : restriction du commerce, production à petite échelle, centralisation de la production, etc. Même si c’est imparfait, le marché est capable de se réguler lui-même en ce qui concerne la consommation d’énergie. En effet, qui ici, à moins que l’argent ne soit absolument pas un problème ou que ce soit absolument nécessaire au train de vie, achèterait une camionnette huit cylindres avant une voiture hybride ou électrique?

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