Avec le temps, la majorité des démocraties occidentales ont décidé de nous protéger des abus du gouvernement. Notamment, elles définissent, par leur constitution, les rôles et limites du gouvernements et, avec le temps, considèrent tous ses citoyens comme égaux devant la loi. Cela est bien, car plusieurs groupes – femmes, non-caucasiens, immigrants –, longtemps discriminés par la loi, devenaient enfin des citoyens à part entière. On casse ainsi les anciens privilèges d’avant.

Malheureusement, il semble que ce désir d’égalité soit allé trop loin. En effet, il semble que, dès qu’une personne est ou se sent victime de discrimination, il faut que la loi intervienne. Récemment, un couple britannique, qui administre un hôtel dans sa propre maison et qui est chrétien conservateur, a été mis à l’amende pour avoir refusé le logis à un couple homosexuel. Dans sa décision, qu’il a admise difficile, le juge a affirmé que la vie privée du couple – ce dernier la trouvait dérangé parce qu’un couple homosexuel venait coucher; il affirme qu’il aurait fait la même chose pour un couple hétérosexuel non marié – était circonscrite par la fait que leur maison est ouverte au public.

Des décisions privées

Bien que je me considère comme une personne qui discrimine peu, je trouve cette décision ridicule. La décision des propriétaires du gite ne concernait qu’eux et eux seuls. S’ils décident de refuser des clients, peu importe la raison, ce sont eux qui sont fous de lever le nez une transaction commerciale.

J’ignore comment la loi est appliquée au Royaume-Uni – le pays n’a pas de constitution formelle –, mais une telle chose aurait peu de chance, en théorie, de se produire au niveau fédéral canadien. En effet, la Charte des droits et libertés ne s’applique que dans les décisions gouvernementales, tel que l’ont appris des professeurs ontariens. Toutefois, la « police » égalitaire sévit aussi ici : un imprimeur chrétien a été mis à l’amende pour avoir refusé d’imprimer des documents pour des organismes gays, de même que des Chevaliers de Colomb de Colombie-Britannique pour avoir refusé de louer à des lesbiennes une salle pour leur mariage. Le Québec aussi n’échappe pas à cette tendance. C’est rendu que des femmes se sentent lésées de ne pas rentrer dans un bar gay!

Les organismes privés ont donc le droit de refuser qui ils veulent. Malheureusement, ils ne doivent pas le dire trop fort, sinon c’est le lynchage et le dénigrement … Si on pousse la logique égalitaire jusqu’au bout, ça voudrait dire que les religions devraient célébrer des unions de couples de même sexe, ce qui violerait par le fait même la liberté de religion.

Par la bouche du portefeuille

J’en vois plusieurs me rappeler le profond racisme du Sud des États-Unis dans les années 50, où les Noirs et les Blancs étaient complètement séparés. Sans l’intervention du gouvernement, l’Alabama ressemblerait encore à l’Afrique du Sud de l’apartheid …

Je leur concède qu’une intervention du gouvernement a été nécessaire, soit afin d’abroger des lois racistes, notamment l’interdiction des mariages interraciaux. Il est inconcevable qu’un pays se disant un phare de liberté restreigne ainsi la liberté d’association de ses citoyens. Il en allait de même pour l’éducation : séparer les enfants selon la couleur de la peau créait une incroyable inégalité, notamment parce que les Noirs étaient souvent plus pauvres et ne pouvaient payer pour l’éducation de leurs enfants. Bref, tout ce qui reçoit des fonds publics se devait d’accepter comme égaux tout les gens, peu importe la race.

Et si l’État ne veut pas entendre raison, il n’y a rien de mieux que de diminuer ses revenus pour changer les choses. Qui ne se souvient pas de Rosa Parks, cette citoyenne qui a instigué le boycott des autobus par les Noirs de Montgomery, Alabama? Outrée de devoir céder son siège si un Blanc le lui demandait – la ville avait adopté plusieurs lois en ce sens –, elle a résisté et s’est fait arrêter. En guise de protestation, elle a incité ses pairs à boycotter complètement le service. Après plus d’un an de non-fréquentation des autobus, la compagnie de bus a cédé et décrété que les Noirs pouvaient s’assoir où ils veulent dans l’autobus.

Les Noirs de Montgomery ne sont pas les seuls à avoir parlé par la bouche de leur portefeuille pour faire changer les choses. Les gays et lesbiennes des États-Unis, exaspérés du langage discriminatoire de la compagnie de bière Coors, ont entrepris son boycott en 1977. Voyant ses ventes plonger, la compagnie a adouci quelque peu ses positions anti-gay, mais pas complètement, alors le boycott s’est poursuivi. Il a tellement fait mal que, en 1995, Coors devenait une des premières grandes compagnies à reconnaître des bénéfices sociaux pour les partenaires de même sexe. La compagnie a alors commencé à se promouvoir aux gays et lesbiennes, finançant des centre communautaires et engageant même la fille de l’ancien vice-président Dick Cheney, elle-même lesbienne.

En conclusion, j’espère que la situation décrite en introduction ne se reproduira pas trop souvent. Je le répète : si une personne est assez sotte pour refuser de faire affaire avec une autre, peu importe la raison, c’est elle la pire parce qu’elle se prive de revenus. Ce n’est pas aux gouvernements ni aux juges de la forcer à le faire.

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