« Profitant du lancement de la semaine pour un avenir sans tabac, le gouvernement de Jean Charest réitère son intention de renforcer la loi antitabac, notamment pour enrayer la contrebande. », peut-on lire sur le site de Radio-Canada. C’est donc confirmé, une fois de plus : les gouvernements sont totalement amnésiques. En effet, le même problème avait cours il y a à peine 20 ans.

Les hauts et les bas des taxes sur la tabac

Afin que les gens écrasent, les gouvernements ont fortement augmenté les taxes sur le tabac au milieu des années 80. Ça a eu un certain succès; je me rappelle, dans mon livre de mathématiques de secondaire 5, un graphique de corrélation montrant une relation négative très forte entre le prix des cigarettes et la consommation des moins de 18 ans. Toutefois, on a sans doute oublié de mentionner dans ce graphique que l’augmentation des taxes diminue la consommation légale.

Parce que malgré tous les efforts des gouvernements, des gens courront toujours les vices, qu’ils soient excessivement chers ou illégaux. Dans le cas des cigarettes, les gens iront chercher là où elles se trouvent, notamment dans les réserves autochtones. En 1992, on estimait les pertes au marché noir à deux milliards $.

Afin de le combattre, les gouvernements fédéral et provinciaux ont fortement diminué les taxes sur le tabac, ce qui a fortement diminué la contrebande. On a par la suite progressivement augmenté les taxes, sans que la contrebande n’augmente. En 1998 toutefois, la GRC avertissait, devant un comité sénatorial, que la contrebande reprendrait de plus belle si les taxes continuent d’augmenter. Elle a eu raison …

L’hydre de la contrebande

Afin de faire pressions sur les gouvernements, l’Association canadienne des dépanneurs en alimentation (ACDA) a fait un recensement des « cabanes à tabac », où se vendent des cigarettes illégales, sur le territoire autochtone autour de Montréal. Selon l’ACDA, le gouvernement doit intervenir massivement afin de récupérer l’argent perdu dans le commerce illégal et le combattre de plein front.

Moi, je leur répond que non, du moins dans le sens de diriger les forces policières vers la lutte à la contrebande. Pourquoi? Parce que la contrebande est comme une hydre : si on coupe une tête, elle repousse, et une autre peut parfois même pousser. D’ailleurs, l’ACDA indique clairement pourquoi le crime organisé est impliqué dans la contrebande : « parce que c’est très payant ». Donc, peu importe les sommes qu’un gouvernement gaspillerait – c’est plus qu’une dépense – dans la lutte à la contrebande, ça serait un trou sans fonds.

Jouer contre les règles du marché

L’Institut Ludwig Von Mises du Canada offre une explication plutôt simple, mais ô combien éclairante, des mécanismes de la contrebande :

  • Quand le rôle du gouvernement se limite à ses tâches régaliennes, des échanges de toutes sortes, y compris pour des produits dangereux pour la santé comme le tabac se produisent rondement. Les vendeurs tentent de faire un profit, et les clients tentent d’en avoir pour leur argent.

  • Toutefois, s’il décide décide d’intervenir dans ce libre commerce entre adultes consentants5, il crée des distortions. Mais malgré cette intervention, le vice ne disparaît pas. Dans le cas du tabac, une forte augmentation des prix n’enrayera pas le tabagisme, du moins pas totalement. Ceux qui veulent continuer d’assouvir leur vice chercheront d’autres moyens, illégaux et parfois même dangereux. En effet, n’oublions pas ce que qui est illégal ne reçoit aucune protection publique. Un vendeur de tabac ou d’une drogue illégale fera donc tout pour protéger son territoire. S’ensuit donc un cercle vicieux de violence, de répression policière et de dépenses gouvernementales.

Jouer le jeu des criminels

Dans les années 90, on avait grandement diminué la contrebande en diminuant fortement les taxes. On jouait ainsi le jeu des contrebandiers, soit en diminuant le prix des cigarettes pour « concurrencer » leur produit. Je propose donc qu’on revienne à cette mesure; on diminuera ainsi les couts de renforcements des lois anti-tabac. Pour ce qui est de l’argent possible à récupérer, il faudrait se questionner sur la pertinence d’en percevoir autant, considérant que les tâches essentielles de l’État sont plutôt limitées (sécurité publique et justice, surtout).

J’entends d’ici le lobby anti-tabac protester en me disant que ça ne ferait qu’encourager le tabagisme. Considérant toutes les mesures liberticides en place – interdiction des publicités, des commandites, des présentoirs, sévères restrictions quant à la consommation de tabac dans les lieux privés ouverts au public –, sans compter toutes les informations déjà connues sur les méfaits, et que les compagnies de tabac sont obligées de mettre (elles pourraient bientôt couvrir 75 % des paquets de cigarettes), je me dis qu’une personne adulte qui veut encore le faire a droit de le faire. Il restera à négocier, entre cette personne et celles qu’elle fréquente, si elle peut fumer en leur présence.

Par la suite, on me cassera les oreilles que le tabac coute très cher en soins de santé. C’est vrai que le tabagisme coute cher … mais il coute moins cher que chez une personnes en parfaite santé, parce que cette dernière vivra plus longtemps, et surtout à un âge où les soins de santé sont plus chers. Pour économiser sur les soins de santé, peut-être devrait-on payer à la responsabilité, c’est-à-dire qu’un fumeur paierait une partie de ses soins. Mais ça, c’est un autre débat…

5Pour les personnes qui croient que j’encourage le tabagisme juvénile