Chaque année, on nous sort le même refrain : les taux d’intérêt que chargent les compagnies de carte de crédit et les banques sont trop élevés. Il faut donc les diminuer afin d’aider les consommateurs. Le représentant démocrate Maurice Hinchey a présenté un projet de loi devant la Chambre des représentants afin de limiter le taux d’intérêt maximal sur toute forme d’emprunt à 15 %. Il y a lieu de se demander pourquoi on veut (encore) réglementer le milieu financier. Dans le passé, et encore aujourd’hui, ce sont des RÈglements (et non pas des DÉrèglements) qui ont causé des torts.

Confiné à l’État

Avant les années 80, il était impossible pour une banque aux États-Unis d’ouvrir une succursale hors de son État d’incorporation. Cette loi, datant des années 1830, avait pour but, disait-on, de protéger les petites villes, mais aussi pour protéger les « pauvres » petits banquiers. Cette mentalité ridicule a fait que les banques ne pouvaient pas diversifier leur portefeuille. Ainsi, s’il y avait des incertitudes dans le marché, une panique pouvait faire faillir la banque. Durant la Dépression, près de 9 000 ont failli aux États-Unis, et ce morcellement n’y est certainement pas étranger.

Curieusement au Canada, il n’y a eu que trois faillites bancaires, soit en 1923 et dans les années 80. Notre système n’a jamais été balkanisé comme aux États-Unis. Les banques pouvaient ainsi diversifier leur portefeuille et amoindrir le risque en s’étendant d’un océan à l’autre. Les fusions, bien qu’ultimement approuvées par le ministre des Finances, sont généralement permises. Cela a permis, entre autres, à la Banque Nationale d’éviter la faillite dans les années 20.

Est-ce que moins de règlements nous aurait aidé?

Contrôler les prêts

Plus près de nous, une grande partie de l’actuelle crise peut être attribuée à la réglementations bancaire. En effet, la Federal Trade Commission (FTC) empêche les banques de refuser de prêter aux gens, notamment en se basant sur le sexe, le statut civil ou la race. « Grâce » à ces mesures, on estime que plus de minorités ethniques ont pu avoir accès à des prêts bancaires. Malheureusement, ces gens, particulièrement les Noirs, ont été ceux qui ont fait le plus défaut. Les subprimes (prêts à taux élevé en raison du risque) étaient détenus à presque 54 % par eux, comparativement à 18 % pour les Blancs.

En plus de permettre, que dis-je, de forcer, des prêts à des gens potentiellement insolvable, le gouvernement des États-Unis a adopté plusieurs mesures en vue d’augmenter le taux de propriété la plus récente datant de 1994. Dans la loi, on parle explicitement que certaines personnes, à cause de manque de mise de fond ou d’un salaire suffisant pour payer l’hypothèque, ne peuvent se payer l’American Dream d’une maison. Et question de faciliter l’accès à la propriété, on a fait acheter à Freddie Mac et Fannie Mae, des agences paragouvernementales qui garantissent les prêts hypothécaires, d’acheter ces prêts à risque (mis ensemble en « pool »). Ce qui sortait de ce pool était coté AAA, sous-entendant qu’il n’y aurait pas de risque de défaut.

Malgré plusieurs avertissements, de Alan Greenspan notamment, les Démocrates ont préféré s’enfouir la tête dans le sable. Ils étaient toujours assez nombreux pour empêcher toute réforme de Mae et Mac que les Républicains tentaient de passer.

Curieusement, le système bancaire canadien s’en est bien sorti au cours de la crise actuelle. Certes, la Société canadienne d’hypothèque et de logement (SCHL) est un organisme paragouvernemental qui vise à encourager la propriété grâce, entre autres, à une assurance prêt hypothécaire. Cette dernière permet aux gens versant 5 % de la mise de fonds de profiter des mêmes taux que ceux qui versent 20 %. Une hausse des taux d’intérêts pourrait nous couter cher. Et dans le rapport d’impôt, il est possible de déduire jusqu’à 5 000 $ des frais d’achat d’une première maison, ou même de prendre ses RÉER pour faire l’achat.

Toutefois, le gouvernement n’a jamais forcé les banques à prêter à des NINJA (no income, no job or assets) comme aux États-Unis. Les banques prêtent donc à qui elles veulent, et à un taux d’intérêt qu’elle juge convenable. Un tel manque de règlement nous aurait-il aidé?

Épargner et non tout dépenser

En conclusion, j’espère que les consommateurs nord-américains n’auront pas encore à faire les frais d’une autre réglementation dans le domaine bancaire. Elle finirait par se retourner contre eux, comme cela s’est produit aux États-Unis. Dans le cas du plafonnement de l’intérêt sur les cartes de crédit, les compagnies émettrices compenseraient sans doute en chargeant des frais annuels.

D’ailleurs, pourquoi les gouvernement sont-ils si obsédés par le crédit? Aux États-Unis, le taux d’épargne est presque devenu nul au milieu des années 2000 quand le crédit était facile d’accès. Le Canada, bien qu’il ait un taux d’épargne personnelle plus élevé, vit nettement au-dessus de ses moyens en étant endetté à près de 140 % du revenu disponible. Ils devraient se rappeler ces paroles de sagesse d’Adam Smith (traduction libre) : « l’homme qui emprunte pour dépenser court vite à sa perte ». Si les cartes de crédit avaient existé au 18e siècle, il les auraient incluses dans cette citation.

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