Des évènements tragiques sont souvent une excuse pour les gouvernements de nous enlever nos libertés individuelles. L’enlèvement de deux personnes par un groupuscule terroriste en 1970 a plongé le Canada sous la Loi des mesures de guerre en temps de paix. Les attentats terroristes contre New York et Washington en 2001 sont en train de plonger les États-Unis dans le monde de 1984 de George Orwell, où le gouvernement se permet de mettre sous écoute les conversations de ses citoyens (j’ai vu quelques téléphones publics à New York nous en avertissant durant le temps des Fêtes).

Plus près de nous, la tuerie de Tucson en Arizona, où six personnes, dont une représentante démocrate, ont été tuées ou blessées, ont soulevé les passions. Avant qu’on n’en connaisse plus sur les motifs du tueur Jared Loughner, plusieurs spéculateurs ont tout de suite sauté aux conclusions : c’est la faute à la rhétorique haineuse de « la droite » (conservatives, en anglais), et particulièrement à Sarah Palin. Les cibles qu’elle avait mises sur une carte – montrant des représentants du Congrès qui avaient supporté la réforme de la santé du président Obama, dont la représentante blessée – ont rapidement été identifiées comme étant une source potentielle de motif. Le shérif du comté de Pima abonde dans ce sens, ajoutant que la rhétorique vitriolique contre le gouvernement a sans doute motivé M. Loughner. Enfin, un représentant démocrate de la Pennsylvanie, Robert Brady, sans doute pour le bien de ses citoyens, songe sérieusement à faire voter une loi qui interdirait le langage ou les symboles pouvant être perçus comme étant menaçant ou incitant la violence envers des officiers fédéraux ou des membres du Congrès.

La doublepensée des médias

Passer cette loi aurait au moins l’avantage d’arrêter ce symbolisme des deux côtés. En effet, par mauvaise volonté, mémoire sélective ou pure hypocrisie, les médias semblent avoir oublié que « la gauche » (liberals, en anglais) est loin d’avoir les propres dans ce débat. Voyez plutôt:

  • L’animateur Montell William a explicitement demandé à la représentante républicaine Michele Bachmann de se trancher les poignets

  • L’animateur Chris Matthews espèrement ardemment que l’animateur de radio Rush Limbaugh crèvera

  • L’animateur Bill Maher semblait souhaiter la même chose de l’ancien vice-président Dick Cheney

  • L’animatrice radio Nina Totenberg a explicitement souhaité que le sénateur républicain Jesse Helms, ou un de ses petits-enfants, contracte le SIDA

  • Enfin, la journaliste Julianne Malveaux a souhaité la mort du juge de la Cour suprême Clarence Thomas par crise cardiaque

Bref, « faites ce que je dis, pas ce que je fais » semble être la philosophie des liberals… Oh, et comment oublier ces menaces à peine voilées de poursuites criminelles contre la controversée commentatrice conservatrice Ann Coulter lors de sa tournée canadienne.

Une image et non une menace

Blague à part, je suis farouchement opposé à une telle mesure. Après tout, jusqu’à preuve du contraire, Sarah Palin n’utilisait qu’une figure de style avec ses cibles, mais aussi en incitant ses partisans à recharger (« reload ») lors du débat sur la réforme de la santé. Quand j’avais vu ce commentaire de sa part, j’en ai tout de suite déduit, de même que 99 % des gens intelligents, qu’elle proposait de recharger les arguments contre ce gouffre financier.

Que le code criminel rende coupable une personne qui appelle explicitement au meurtre de quelqu’un est compréhensible; on voit ce que ça a fait au Rwanda. Mais qu’on veuille interdire ce qui pourrait être perçu comme étant une menace à l’intégrité physique d’un officier fédéral est aller trop loin. Ainsi, les mots cibler, conquérir, armer, charger, assiéger, lutte et envahir, pour ne nommer que ceux-là, seraient bannis du discours politique. C’est digne de la novlangue.

En conclusion, j’aimerais mentionner que Jared Loughner est simplement un être profondément dérangé (schizophrène, dit-on). En fait, il serait même apolitique, selon une personne qui l’a connu. Il va même jusqu’à dire que le gouvernement nous contrôle par la grammaire! Bref, c’est à se demander comment il est venu à connaître les discours de Sarah Palin…

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