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Fin de la primauté du droit

Mais au-delà de la réglementation bancaire, Allisson montre à quel point la réglementation en général chamboule complètement les choix des dirigeants d’entreprise, peu importe le domaine. Un jour, tel règlement est sans importance parce que le contexte économique est favorable. Mais six mois plus tard, quand les choses vont mal, « The humble bureaucrats are then energized with the moral certainty and clarity of the Gestapo » (l’humble bureaucrate a maintenant l’énergie et la certitude morale d’un membre de la Gestapo). Ce dernier décide donc de blâmer le dirigeant d’entreprise pour ne pas avoir applique ledit règlement, ce qui peut, par exemple, forcer le refus d’un prêt. Pour ajouter l’insulte à l’injure, Allison affirme qu’un banquier ne peut pas dire à son client, si fidèle et fiable soit-il, que son prêt est refusé à cause d’un zèle bureaucratique soudain.

Cet arbitraire s’est également reflété dans le secours financier de certaines banques et pas d’autres. Normalement, sur le libre-marché, une compagnie mal gérée fait faillite, et ses avoirs sont redistribués de façon à mieux répondre à la demande. Mais quand le gouvernement rentre dans le portrait, il peut décider, en utilisant des raisons du genre « Le système va s’écrouler si nous ne faisons rien », de sauver une entreprise de la faillite. En clair, le gouvernement dit : « Ce n’est pas important si vous vous administrez mal, je vais vous secourir » – la fameuse mentalité « too big too fail » (trop gros pour faire faillite).

Par exemple, Paulson, secrétaire du Trésor quand la crise a commencé, était un gros actionnaire de Goldman Sachs, une des plus grosses compagnies financières à faire faillite. Il a évidemment tout fait pour secourir son investissement, tout en laissant Lehman Brothers faire faillite. Mais le fait qu’UNE compagnie ait été sauvée permet aux autres de penser que prendre des risques inconsidérés, surtout s’ils sont encouragés par le gouvernement, seront « récompensés » en bout de ligne…

Des solutions choquantes, mais nécessaires

Afin d’éviter une autre crise comme celle que nous subissons encore – Allison en prédit une autre majeure d’ici 10-15 ans si aucun changement majeur n’est apporté – des solutions radicales (mais ô combien nécessaires) doivent être apportées. La majorité de la réglementation bancaire, particulièrement la loi Dodd-Frank adoptée après la crise, doit être abolie au plus vite. Aussi, Mae et Mac doivent être liquidés et/ou privatisés, ce qui remettra du bon sens dans le marche hypothécaire – sans garantie du gouvernement, fini les prêts à risque. Il propose également, comme toute personne connaissant bien le pouvoir des incitatifs sur le comportement, de diminuer les impôts afin d’encourager la production. En effet, quand les impôts sont élevés, les gens passent plus de temps à tenter de les éviter qu’à tenter d’innover, bloquant ainsi la voie à une amélioration de notre niveau de vie.

Une autre solution radicale proposée par Allison vise à s’attaquer à la racine des crises économiques, qui est avant tout philosophique et non économique. Et cette philosophie de la crise est… l’altruisme, tel que Ayn Rand le définit, c’est-à-dire sacrifier autrui pour son propre bénéfice. C’est exactement ce qui a engendre la crise : parce tout la monde « a droit » à une maison, le gouvernement doit prendre les moyens nécessaires pour y arriver. Mais pour y arriver, il faudra « sacrifier » certaines personnes – les banquiers, en les forçant à prêter à n’importe qui et les contribuables, en les forçant à payer pour les fautes des banquiers. En laissant libre cours à l’égoïsme (objectiviste) des gens, une crise de l’ampleur de celle de 2008 n’a virtuellement aucune chance de se reproduire puisqu’il n’est pas dans l’intérêt personnel des banquiers de prendre autant de risque.

En conclusion, The Free Market Cure devrait faire parti de toutes les bibliothèques. Les explications très détaillées de l’auteur permettent de voir la crise du point de vue des « fautifs » et montre que leurs agissements étaient somme toute rationnels dans le contexte (quoi que certains aient pris moins de risques que d’autres, ce qui s’explique aussi par les incitatifs du gouvernement). Bien que certains passages soient difficiles à comprendre – sans doute parce que la réglementation elle-même est incompréhensible –, l’ouvrage est assez bien vulgarisé pour que Monsieur et Madame-tout-le-monde puisse facilement comprendre. Il vous donnera quelques munitions de plus pour répliquer à ces incessants c’est-la-faute-du-libre-marche qui polluent encore les pensées de trop de gens.